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" La grandeur de lintelligence humaine
cest dadmettre lincompréhensible,
quand lexistence de cet incompréhensible
est prouvée. "
VOLTAIRE (François-Marie AROUET)
(1694-1778)
Placide Gaboury
Rédaction : Placide Gaboury/ Édition
: Stéphanie Adam Le Roch
Révision : Nicole Dumais/Infographie :
Pascal Languirand/
Documentation : Rosalie Dumontier
© Les Productions Minos Ltée/ Tous
droits réservés pour tous pays
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Les grands crimes nont été
commis que par de célèbres ignorants.
S'il est le plus célèbre des écrivains-philosophes
du siècle des Lumières avec Rousseau,
Voltaire est surtout un démystificateur.
Mélange de conservatisme et de contestation,
esprit fin, satirique, même caustique et
foncièrement laïc, il incarne lesprit
même de la France. Il na pas inventé
un système de pensée, mais plutôt
une façon nouvelle de penser : par le besoin
de connaître, de comprendre et dexpliquer
rationnellement, par la passion de penser tout
haut, par une soif ardente de justice et de respect
des différences.
Une mentalité moderne sexprimant
dans un style du 18e siècle. Il proteste
contre l'excès et l'abus de pouvoir (dipe,
Lettres philosophiques); rebelle, il haït
les prêtres, craint les religions génératrices
de fanatisme (La Henriade) et aspire à
un despotisme tolérant. Opposé au
dogmatisme religieux, il est cependant dogmatique
en littérature.
Il ne peut renoncer à la croyance que le
monde a un sens et que ce sens nest pas
mauvais. Il n'apporte pas de solutions définitives
aux problèmes métaphysiques. S'il
est animé par trois passions la
religion, lhistoire et la justice ,
cest à la religion quil voue
le plus clair de sa pensée et à
la justice le meilleur de son action. Il comprend
quil faut enlever à lÉglise
lexercice du pouvoir temporel et le monopole
des âmes. Son rationalisme farouche loppose
au christianisme. Jusquà sa mort,
il luttera pour la justice. (Traité sur
la tolérance, 1763) Sil na
pas fondé de doctrine capable de lui survivre,
il simpose par une universalité rarement
égalée en terre de France. Son uvre
essentielle fut dassainir lesprit,
damuser en instruisant, de décaper
les apparences et les certitudes, de semer le
doute. Il se déclarait lui-même "
douteur et non docteur ".
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la morale
* La morale est la même chez tous les hommes
qui font usage de leur raison. La morale vient
donc de Dieu comme la lumière.
légalité
* Nous sommes tous également hommes, mais
non membres égaux de la société.
son maître, Locke
*
Après tant de courses malheureuses, fatigué,
harassé, honteux davoir cherché
tant de vérités et davoir
trouvé tant de chimères, je suis
revenu à Locke, comme lenfant prodigue
qui retourne chez son père.
(Le philosophe ignorant, 1766)
la réalité
* Tout est ce quil doit être.
(Sixième Discours sur lhomme, 1730)
admettre lincompréhensible
* La grandeur de lintelligence humaine cest
dadmettre lincompréhensible,
quand lexistence de cet incompréhensible
est prouvée.
(Dialogues entre Lucrèce et Posidonius)
Les grands crimes nont été
commis que par de célèbres ignorants.
lettre à Rousseau
* Jai reçu, monsieur, votre nouveau
livre contre le genre humain; je vous en remercie;
vous plairez aux hommes à qui vous dites
leurs vérités, et vous ne les corrigerez
pas. Vous peignez avec des couleurs bien vraies
les horreurs de la société humaine
dont lignorance et la faiblesse se promettent
tant de douceurs. On na jamais tant employé
desprit à vouloir nous rendre bêtes.
Il prend envie de marcher à quatre pattes
quand on lit votre ouvrage. Cependant comme il
y a plus de soixante ans que jen ai perdu
lhabitude, je sens malheureusement quil
mest impossible de la reprendre. Et je laisse
cette allure naturelle à ceux qui en sont
plus dignes, que vous et moi. Je ne peux non plus
membarquer pour aller trouver les sauvages
du Canada, premièrement parce que les maladies
auxquelles je suis condamné me rendent
un médecin dEurope nécessaire,
secondement parce que la guerre est portée
dans ce pays-là, et que les exemples de
nos nations ont rendu les sauvages presque aussi
méchants que nous.
Les grands crimes nont été
commis que par de célèbres ignorants.
Ce qui fait et ce qui fera toujours de ce monde
une vallée de larmes est linsatiable
cupidité et lindomptable orgueil
des hommes
Les lettres nourrissent lâme,
la rectifient, la consolent; et elles font même
votre gloire dans le temps que vous écrivez
contre elles.
Monsieur Chapui mapprend que votre santé
est bien mauvaise. Il faudrait la venir rétablir
dans lair natal, jouir de la liberté,
boire avec moi du lait de nos vaches, et brouter
nos herbes. Je suis très philosophiquement,
et avec la plus tendre estime. Monsieur, votre
très humble et très obéissant
serviteur.
(Lettre à Jean-Jacques Rousseau,
de Genève, 30 août 1755)
lettre à Frédéric II
* Je tombe des nues quand vous mécrivez
que je vous ai dit des duretés. Vous avez
été mon idole pendant vingt années
de suite. Mais votre métier de héros
et votre place de roi ne rendent pas le cur
bien sensible. Cest dommage, car ce cur
était fait pour être humain et sans
lhéroïsme et le trône
vous auriez été le plus aimable
des hommes dans la société.
Comptez que je suis toujours assez sot pour vous
aimer autant que je suis assez juste pour vous
admirer. Reconnaissez la franchise et recevez
avec bonté le profond respect du Suisse.
(Lettre à Frédéric II) .
convulsions
* On dansa, vers lan 1724, sur le cimetière
de Saint-Médard; il sy fit beaucoup
de miracles : en voici un, rapporté dans
une chanson de Mme la duchesse du Maine :
Un décrotteur à la royale
Du talon gauche estropié,
Obtint pour grâce spéciale Dêtre
boiteux de lautre pied.
Les convulsions miraculeuses, comme on sait, continuèrent
jusquà ce quon eût mis
une garde au cimetière.
De par le roi, défense à Dieu
De faire miracles en ce lieu
Les jésuites, comme on le sait encore,
ne pouvant plus faire de tels miracles depuis
que leur Xavier avait épuisé les
grâces de la Compagnie à ressusciter
neuf morts dun coup, savisèrent
de faire graver une estampe de Jésus-Christ
habillé en jésuite. Un plaisant
du parti janséniste, comme on le sait encore,
mit au bas de lestampe :
Admirez lartifice extrême De ces moines
ingénieux; Ils vous ont habillé
comme eux,Mon Dieu, de peur quon ne vous
aime.
Les jansénistes, pour mieux prouver que
jamais Jésus-Christ navait pu prendre
lhabit de jésuite, remplirent Paris
de convulsions, et attirèrent le monde
à leur préau. Le conseiller au parlement
Carré de Montgeron alla présenter
au roi un recueil de tous ces miracles, attestés
par mille témoins. Il fut mis, comme de
raison, dans un château, où lon
tâcha de rétablir son cerveau par
le régime; mais le vérité
lemporte toujours sur les persécutions
: les miracles se perpétuèrent trente
ans de suite, sans discontinuer. On faisait venir
chez soi sur Rose, sur Illuminée,
sur Promise, sur
Confite : elles se faisaient fouetter, sans quil
y parût le lendemain; on leur donnait des
coups de bûche sur leur estomac bien cuirassé,
bien rembourré, sans leur faire de mal;
on les couchait devant un grand feu, le visage
frotté de pommade, sans quelles brûlassent;
enfin, comme tous les arts se perfectionnent,
on a fini par leur enfoncer des épées
dans les chairs, et par les crucifier.
(Dictionnaire philosophique)
Tu ne nous as point donné un cur
pour nous haïr, et des mains pour nous égorger;
fais que nous nous aidions mutuellement à
supporter le fardeau dune vie pénible
et passagère.
prière à Dieu
* Ce nest donc plus aux hommes que je madresse;
cest à toi, Dieu de tous les êtres,
de tous les mondes et de tous les temps; sil
est permis à de faibles créatures
perdues dans limmensité, et imperceptibles
au reste de lunivers, doser te demander
quelque chose, à toi qui as tout donné,
à toi dont les décrets sont immuables
comme éternels, daigne regarder en pitié
les erreurs attachées à notre nature;
que ces erreurs ne fassent point nos calamités.
Tu ne nous as point donné un cur
pour nous haïr, et des mains pour nous égorger;
fais que nous nous aidions mutuellement à
supporter le fardeau dune vie pénible
et passagère; que les petites différences
entre les vêtements qui couvrent nos débiles
corps, entre tous nos langages insuffisants, entre
tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois
imparfaites, entre toutes nos opinions insensées,
entre toutes nos conditions si disproportionnées
à nos yeux, et si égales devant
toi; que toutes ces petites nuances qui distinguent
les atomes appelés hommes ne soient pas
des signaux de haine et de persécution;
que ceux qui allument des cierges en plein midi
pour te célébrer supportent ceux
qui se contentent de la lumière de ton
soleil; que ceux qui couvrent leur robe dune
toile blanche pour dire quil faut taimer
ne détestent pas ceux qui disent la même
chose sous un manteau de laine noire; quil
soit égal de tadorer dans un jargon
formé dune ancienne langue, ou dans
un jargon plus nouveau; que ceux dont lhabit
est teint en rouge ou en violet, qui dominent
sur une petite parcelle dun petit tas de
la boue de ce monde, et qui possèdent quelques
fragments arrondis dun certain métal,
jouissent sans orgueil de ce quils appellent
grandeur et richesse, et que les autres les voient
sans envie : car tu sais quil ny a
dans ces vanités ni de quoi envier, ni
de quoi senorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir quils
sont frères! Quils aient en horreur
la tyrannie exercée sur les âmes,
comme ils ont en exécration le brigandage
qui ravit par la force le fruit du travail et
de lindustrie paisible! Si les fléaux
de la guerre sont inévitables, ne nous
haïssons pas, ne nous déchirons pas
les uns les autres dans le sein de la paix, et
employons linstant de notre existence à
bénir également en mille langages
divers, depuis Siam jusquà la Californie,
ta bonté qui nous a donné cet instant.
(Traité sur la tolérance)
Voltaire
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