ALBERT EINSTEIN (1879-1955)


La vraie valeur d’un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du moi.

Père de la théorie de la relativité, Albert Einstein est l’un des principaux pionniers de la théorie quantique (qu’il dénoncera ensuite), qui renverse la conception du monde installée par Newton selon laquelle temps et espace sont immuables, et la gravitation, un problème définitivement classé. Rendu célèbre et populaire par sa formule mathématique que du reste peu comprendront – E=mc2 –, le savant est reconnu comme l’un des sommets de la pensée contemporaine. En 1917, il émet l’idée d’une expansion accélérée de l’Univers, compensant la force de la gravitation. S’il reçoit le prix Nobel en 1921, c’est pour son mémoire sur l’effet photo-électrique et non pour sa théorie de la relativité, comme on l’aurait cru.
Cependant, l’évolution de sa propre pensée connaîtra un blocage. Il dira en refusant l’univers quantique : " Je ne croirai jamais que Dieu accepte de jouer aux dés. " En revanche, il cherchera obstinément à construire tout seul un système plus vaste, plus général, qui réconcilierait la physique de l’atome et ses propres théories. Mais, amèrement déçu, il n’y parviendra pas.

Grand humaniste, préoccupé de justice, de responsabilité sociale, animé également par un grand souci d’éthique, il n’a jamais craint de prendre position sur les questions humaines, sociales, philosophiques et même religieuses. Dans une lettre au Président Roosevelt, il se montrera tout d’abord en faveur de la bombe atomique, mais s’opposera à la prolifération de cette arme, dans une lettre au même Président où il demande que l’arme monstrueuse ne soit jamais employée contre les hommes. Mais celui-ci ne l’aura pas lue. Et le jour où la bombe est lâchée, Einstein s’écrie : " Espérons que nous n’avons pas placé de la dynamite dans la main des enfants. " C’est également en vain qu’il combattra le secret atomique et la fabrication de la bombe H.
Quelques aphorismes
Il y a deux choses qui sont infiniment grandes : l’Univers et la bêtise humaine; mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas la certitude absolue.
la religion
* La science sans religion est boiteuse. La religion sans science est aveugle.
* La religion du futur sera une religion cosmique. Une religion qui se basera sur l’expérience, qui refusera le dogmatisme. Si il y a une religion qui pourra soutenir les besoins scientifiques, ce sera le bouddhisme…
* Toutes les religions, arts et sciences sont les branches d’un même arbre. Toutes ses aspirations sont dirigées vers l’anoblissement de la vie de l’Homme, pour la soulever hors de la sphère de la simple existence physique et guider l’individu vers la Liberté.
* Je maintiens que la religiosité cosmique est la plus forte et plus noble force directrice de la recherche scientifique.
* Je suis convaincu que certaines activités et pratiques politiques et sociales des organisations catholiques sont au détriment voire même dangereuse pour la communauté entière, ici et n'importe où. Je ne citerai que le combat contre le contrôle des naissances, à une époque où la surpopulation dans divers pays est devenue une menace sérieuse à la santé des gens, et un grave obstacle à n'importe quelle tentative d'établir la paix sur cette planète.
* Je veux connaître les pensées de Dieu, le reste n’est que détails.
* Je ne peux pas croire que Dieu joue aux dés avec le cosmos.
Le prix des valeurs humaines se situe au-delà de toute politique et de toutes les frontières nationales.
le mystère
* La plus belle chose que nous pouvons avoir est le mystérieux. C’est la source de tout véritable art et science. Celui qui est étranger à cette émotion, qui ne peut plus s’arrêter pour s’interroger et rester captivé d’admiration, est mort à peu de chose près. Ses yeux sont fermés.
la curiosité
* La chose la plus importante est de ne pas s’arrêter de s’interroger. La curiosité a sa propre raison d’exister.
l'intelligence
* Nous devons prendre garde à ne pas faire de l’intelligence notre Dieu. Elle a, bien sûr, des muscles puissants, mais pas de personnalité.
Imagination, Connaissance, Vérité
* Je suis assez artiste pour faire appel à mon imagination. L’imagination est plus importante que la Connaissance. La Connaissance est limitée. L’imagination encercle le Monde.
* La seule source de connaissance est l'expérience.
* C'est l'art suprême de l'enseignant que d'éveiller la joie dans l'expression créative et la connaissance.
* Quiconque entreprend de se poser en juge de la Vérité et de la Connaissance sera coulé par les rires des dieux.
l'homme dans le Cosmos
* Un être humain est une partie d'un tout que nous appelons Univers. Une partie limitée dans le temps et l'espace. Il expérimente lui-même, ses pensées et ses émotions comme quelque chose qui est séparé du reste, une sorte d'illusion d'optique de la conscience. Cette illusion est une sorte de prison pour nous, nous restreignant à nos désirs personnels et à l'affection de quelques personnes près de nous. Notre tâche doit être de nous libérer nous-même de cette prison en étendant notre cercle de compassion pour embrasser toutes créatures vivantes et la nature entière dans sa beauté.
Plus vite tu vas, plus petit tu es.
vice et vertu
* Pour autant que je sois concerné, je préfère le vice silencieux à la vertu ostentatoire.

la valeur d'un être

* La vraie valeur d'un être humain est déterminée principalement par la mesure et la sensation qu'il a atteint la libération de son Moi.
* N’essaye pas de devenir un homme de succès, mais plutôt de devenir un homme de valeur.
Peu sont ceux qui voient avec leurs propres yeux et ressentent avec leur propre cœur.
la recherche
* Si nous savions ce que nous faisons, cela ne s'appellerait plus de la recherche, n'est ce pas?
les problèmes
* Les problèmes ne peuvent être résolus au même niveau de conscience qu'ils ont été créés.
les erreurs nécesaires
* Quelqu’un qui n’a jamais fait d’erreurs n’a jamais rien fait de nouveau.
ce qui compte
* Tout ce qui compte ne peut être compté, et tout ce qui peut être compté ne compte pas forcément.
La chose la plus incompréhensible du monde est qu’il est compréhensible.
la guerre
* L’héroïsme sur commande, la brutalité stupide, cette lamentable attitude de patriotisme, quelle haine j'ai pour tout cela. Combien méprisable et vile est la guerre. Je préférerais être déchiré en lambeaux plutôt que de participer à quelque chose d'aussi méprisable. Je suis convaincu que tuer sous prétexte de guerre n'est rien d'autre qu'un assassinat pur et simple.
Le Manifeste Russell-Einstein
le militaire
* Celui qui défile joyeusement au pas cadencé a déjà gagné mon mépris. C'est par erreur qu'on lui a donne un grand cerveau puisque la moelle épinière lui suffirait amplement. On devrait éliminer sans délai cette honte de la civilisation.
la force
* La force a toujours attiré les hommes de peu de moralité, et je crois que c’est une règle invariable que les tyrans de génie soient succédés par des vauriens.
le nationalisme
* Le nationalisme est une maladie infantile. C’est la rougeole de la race humaine.
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Si jadis un homme incarnait une valeur aux yeux de la société quand il dépassait d’une certaine mesure son égoïsme personnel, on doit exiger de lui aujourd’hui qu’il dépasse l’égoïsme de son pays et de sa classe. Seulement alors, arrivé à cette maîtrise, il pourra améliorer le destin de la communauté humaine.
les guerres à venir
* Je ne sais pas avec quelles armes on combattra durant la Troisième Guerre mondiale, mais durant la Quatrième, ce sera avec des bâtons et des pierres.

* La paix ne peut être réalisée par la violence, elle ne peut être atteinte que par la compréhension. * Peu de personnes sont capables d'exprimer avec sérénité des opinions qui diffèrent des préjugés de leur environnement social. La plupart des gens sont même incapables de concevoir de telles opinions.
* Les grands esprits ont toujours trouvé une violente opposition chez des esprits médiocres. Les derniers ne pouvant comprendre qu’un homme ne se soumette pas sans réfléchir aux préjugés héréditaires mais utilise son intelligence honnêtement et courageusement.
* Le sens commun est l’accumulation des préjugés acquis jusqu'à l’âge de 18 ans.
* Les génies les plus remarquables des civilisations anciennes ont toujours préconisé la paix entre les nations. Ils en comprenaient le rôle. Mais aujourd’hui, leur position morale est bousculée par les progrès techniques. Et notre humanité civilisée découvre le nouveau sens du mot paix : il s’appelle survie. Aussi serait-il concevable qu’un homme, en son âme et conscience, puisse éluder sa vraie responsabilité face au problème de la paix? * La force de la Constitution réside entièrement dans la détermination de chaque citoyen à la défendre. Les droits constitutionnels ne seront préservés que si chaque citoyen, pour la part qui lui revient, se sent personnellement investi de la mission de les défendre.
l'équation du succès
* Tant que les lois mathématiques se réfèrent à la réalité, elles ne sont pas certaines, et tant qu'elles sont certaines, elles ne se réfèrent pas à la réalité.
* Si A est le succès dans la Vie, alors A =x+y+z. Le travail est x, y est le jeu et z est se taire.
Les équations sont plus importantes pour moi, car la politique est pour le présent, mais une équation est pour l’Éternité. * L'esprit humain n'est pas capable de comprendre l'Univers. Nous sommes comme un petit enfant entrant dans une énorme bibliothèque. Les murs sont couverts jusqu'aux plafonds de livres dans diverses langues. L'enfant sait que quelqu'un doit avoir écrit ces livres. Il ne sait pas qui ni comment. Il ne comprend pas la langue dans laquelle ils sont écrits. Mais l'enfant remarque un plan précis dans la disposition des livres… Un Ordre Mystérieux qu'il ne comprend pas, mais qu'il soupçonne seulement vaguement.
* Pose ta main sur un poêle chaud pendant une minute, et cela te semblera une heure. Assieds-toi à coté d’une jolie fille pendant une heure, et cela te semblera une minute. C’est ça la Relativité. Parfois certains paient cher les choses que d’autres ont pour rien.
* L'enseignement devrait être tel que ce qui est offert soit perçu comme un don de valeur et non comme un devoir. * La peur de la Mort est la plus injustifiée des peurs, car il n’y pas de risque d’accident pour quelqu’un qui est mort.
l'enseignement
Les excès du système de compétition et de spécialisation prématurée sous le fallacieux prétexte d’efficacité, assassinent l’esprit, interdisent toute vie culturelle et suppriment même les progrès dans les sciences d’avenir. Il importe enfin, pour la réalisation d’une parfaite éducation, de développer l’esprit critique… Or, la surcharge de l’esprit, par le système des notes, entrave et transforme nécessairement la recherche en superficialité et absence de culture.
la lecture
* Pour moi, la pire chose semble être une école reposant principalement sur la peur, la force et l'autorité artificielle. Un tel traitement détruit les opinions solides, la sincérité et la confiance en soi des élèves et produit un sujet servile.
* La découverte de l’énergie atomique a tout changé sauf notre façon de penser… * Lire, après un certain âge, détourne trop l'esprit de ses quêtes mentales. Un homme qui lit trop et utilise trop peu son propre esprit tombe dans de paresseuses habitudes de réflexion.
* Le progrès technologique est comme une hache dans les mains d’un criminel pathologique.
Je ne pense jamais au Futur. Il vient assez vite.
la responsabilité
* La gravité ne peut pas être tenue responsable pour ceux qui tombent amoureux.
l'égocentrisme

* Le culte de la personnalité reste à mes yeux toujours injustifié. [ …] Il existe un contraste grotesque entre les capacités et les pouvoirs que les hommes me reconnaissent, c’est-à-dire entre ce que je suis et ce que je peux.

la culture
Il ne suffit pas d’apprendre à l’homme une spécialité. Car il devient ainsi une machine utilisable mais non une personnalité. Il importe qu’il acquière un sentiment, un sens pratique de ce qui vaut la peine d’être entrepris, de ce qui est beau, de ce qui est moralement droit. Sinon, il ressemble davantage, avec ses connaissances professionnelles, à un chien savant qu’à une créature harmonieusement développée. Il doit apprendre à comprendre les motivations des hommes, leurs chimères et leurs angoisses, pour déterminer son rôle exact vis-à-vis des proches et de la communauté. Ces réflexions essentielles livrées à la jeune génération, grâce aux contacts vivants avec les professeurs, ne s’écrivent absolument pas dans les manuels. Ainsi s’exprime et se forme d’abord toute culture.
La solution repose dans le cœur de l’humanité. Si seulement j’avais su, je serais devenu horloger.
Rédaction : Placide Gaboury/ Édition : Stéphanie Adam Le Roch
Révision : Nicole Dumais/Infographie : Pascal Languirand/
Documentation : Rosalie Dumontier/Recherche internet : Noëllise Turgeon
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