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Tuer pour la gloire de Dieu dans une terre éloignée  

Article du New York Times du 16 janvier 2001 de Judith Miller

L'article ci-après est le dernier d'une série d'articles intitulée « Guerriers du djihad » publiée par le New York Times les 14, 15 et 16 janvier 2001. Cet article-ci se fonde sur une enquête menée par Craig Pyes, Judith Miller et Stephen Engelberg, et a été rédigé par Mme Miller.
(Note : Cet article est diffusé par le Service d'information du département d'État à titre de référence. Sa reproduction dans la presse étrangère est strictement interdite, sauf autorisation expresse du New York Times.)

D'une voix polie, réservée, Muhammad Khaled Mihraban déclare tranquillement qu'il a déjà tué une centaine de personnes, peut-être davantage. Il n'est pas très sûr.

« Non, mon but n'était pas de tuer », poursuit ce Pakistanais de 26 ans, « mais j'avais une ligne de conduite à suivre, un idéal islamique. Je savais qu'il fallait aux musulmans une terre à eux, une vraie patrie islamique. »

Cette terre, M. Mihraban l'a trouvée à son arrivée en Afghanistan en 1992. Ayant, dit-il, décidé de consacrer sa vie au djihad alors qu'il étudiait la loi islamique à Lahore, à l'université du Punjab, il s'est joint à un groupe militant pakistanais qui se battait contre l'Inde dans la province contestée du Cachemire. Il a fait son entraînement en Afghanistan.

« Nous avons appris à poser des mines, à fabriquer des bombes à partir de dynamite, et à tuer sans faire de bruit. »
Elève doué, il est vite devenu instructeur à son tour dans des camps situés près de Khost. « Mais je voulais me battre, pas enseigner », explique-t-il. Aussi, après un stage de combat au Cachemire, il est retourné à Kaboul pour combattre aux côtés des forces talibanes qui s'étaient emparées de la majeure partie du territoire.

M. Mihraban a été fait prisonner par les rebelles qui luttent contre les talibans dans le nord de l'Afghanistan.

Interviewé dans sa lugubre prison, il affirme que, s'il était relâché, il ne s'en irait pas mais reprendrait le combat pour Kaboul. Si on le lui demandait, il irait à Londres, à Paris ou à New York faire sauter des femmes et des enfants pour l'islam. « Oui, je le ferais », dit-il de sa voix tranquille, sans hésitation.

Si le terrorisme international qui est le cauchemar des Américains depuis dix ans a un centre, c'est bien l'Afghanistan, là où se trouve le mieux incarné l'idéal extrémiste d'un État gouverné selon le code rigoureux de la loi islamique.

L'Afghanistan est un lieu d'inspiration, une base essentielle d'opérations, un réservoir de volontaires pour l'attentat-suicide et un front militaire où se forgent des liens cruciaux. C'est là aussi, selon les autorités américaines, qu'Oussama Ben Laden expérimente des armes chimiques.

Presque tous ceux qui ont participé à des complots contre les États-Unis et leurs alliés au cours des dix dernières années ont appris l'art de la guerre et des explosifs dans des camps afghans, affirment ces autorités. Tel est le cas, par exemple, des inculpés accusés d'avoir perpétré en 1998 les attentats à la bombe contre deux ambassades des États-Unis en Afrique orientale.

L'Agence centrale de renseignement (CIA) estime que de cinquante à soixante-dix mille militants de cinquante-cinq pays sont venus s'entraîner ici ces dernières années. Selon la CIA, les talibans autorisent un vaste événtail de groupes à opérer en territoire afghan, depuis les partisans pakistanais qui ont formé M. Mihraban jusqu'à l'Al-Qaïda (« La Base » en arabe), l'organisation d'Oussama Ben Laden. Selon des sources officielles du Proche-Orient, près de cinq mille recrues auraient passé dans les camps de M. Ben Laden.

Les agents de renseignement tant américains que proche-orientaux pensent que M. Ben Laden gère en Afghanistan un réseau d'une douzaine de camps qui offre une instruction dans le maniement des armes de petit calibre et des explosifs ainsi que dans la logistique des attentats terroristes. D'après les agents, l'opération contre les ambassades, qui a fait plus de deux cents morts, a fait l'objet d'un entraînement spécial dans un modèle de même échelle construit dans un des camps afghans de M. Ben Laden.

L'un de ces camps enseigne en ce moment à une nouvelle génération de recrues l'utilisation de produits chimiques, de poisons et de toxines, affirment ces mêmes agents.

Au cours de l'année écoulée, dans ce camp qui s'appelle Abu Khabab, les stagiaires ont expérimenté des gaz innervants sur des chiens, des lapins et d'autres animaux. Ils ont également confectionné des bombes à partir de produits chimiques et de poisons disponibles en vente libre dans le commerce et les ont essayées sur des animaux attachés par laisse à des poteaux dans le terrain d'essai du camp, selon des photographies du renseignement et des témoignages d'indicateurs.

« Le rôle de l'Afghanistan est aujourd'hui d'une clarté absolue », affirme M. Michael Sheehan, l'ancien coordonnateur du Bureau de la lutte antiterroriste du département d'État et, depuis décembre, secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix. « Tous les militants islamiques sur qui nous avons enquêté y retournent pour trouver asile. L'Afghanistan et, dans une moindre mesure, l'Iran sont les seuls sanctuaires restants. »

La formation des recrues aux tactiques et aux explosifs

Les autorités du Proche-Orient estiment qu'au cours des six derniers mois, plus de cent hommes recrutés par M. Ben Laden et par des groupes affiliés ont reçu une formation dans le camp portant le nom du militant égyptien qui le dirige, M. Midhat Mursi, connu sous son nom de guerre d'Abu Khabab.

Ce camp fait partie d'un vaste complexe de lieux d'entraînement appelé Darunta, situé à une quinzaine de kilomètres de Jalalabad, capitale d'une province orientale afghane, le long d'une route poussiéreuse aménagée sur une ancienne digue de pierre portant le même nom. Selon des responsables américains et proche-orientaux, des produits chimiques seraient entreposés dans des grottes renforcées des montagnes voisines et dans des tunnels souterrains naturellement protégés.

Parmi les « diplômés » d'Abu Khabab de cette année figure Raed Hijazi, le Jordano-Américain reconnu par contumace par la Jordanie comme un chef de file du complot visant à attaquer des touristes à Amman pendant la célébration du millénaire.

Arrêté par les Syriens en octobre et renvoyé en Jordanie, M. Hijazi a décrit aux enquêteurs jordaniens sa formation poussée en matière d'explosifs, selon des responsables occidentaux. Il leur a indiqué qu'un aide-de-camp de M. Ben Laden l'avait aidé à organiser son voyage en Afghanistan.

Les références à l'entraînement aux explosifs au camp Abu Khabab sont très rares. Cependant, on en trouve une dans l'acte d'accusation, sous pli scellé, dressé contre Nabil Abu Aukel, un Palestinien arrêté en juin dernier par les autorités israéliennes.

Israël accusait M. Aukel de collaboration avec le Hamas, ou parti de Dieu, l'organisation palestinienne militante, ainsi qu'avec plusieurs Arabo-Israéliens, à des complots visant des cibles militaires et civiles en Israël. Dans l'acte d'accusation, dont une copie nous a été fournie par Steven Emerson, un Américain spécialiste du terrorisme islamique, il est dit que M. Aukel a suivi en mars 1998, dans le camp Abu Khabab, un stage d'entraînement de haut niveau dans l'emploi d'explosifs utilisant des produits chimiques.

Le directeur du camp a averti M. Aukel de « ne jamais parler de la nature de cette formation », peut-on lire dans l'acte d'accusation. Selon les autorités israéliennes, l'arrestation de M. Aukel représentait la première fois qu'Israël avait découvert une cellule du réseau Al-Qaïda à l'intérieur de ses frontières.

Sur les instances des États-Unis ainsi que de la Russie, pour qui la présence de camps d'entraînement en Afghanistan constitue une menace, l'Organisation des Nations unies a récemment adopté des sanctions économiques des plus draconiennes à l'encontre de ce pays afin d'inciter les talibans non seulement à chasser M. Ben Laden et son proche entourage, mais aussi à interdire à tout étranger l'accès des camps.

Ces talibans, ou « étudiants de l'islam », qui se sont rendus maîtres de pratiquement tout l'Afghanistan, nient qu'ils hébergent des terroristes ou des personnes qui les forment. Le ministre taliban des affaires étrangères, M. Wakil Ahmad Mutawakil, a déclaré que la pression exercée en faveur de l'expulsion de M. Ben Laden était « aussi insultante que vaine ». Lors d'une interview accordée en novembre, il a nié que M. Ben Laden finance les talibans, faisant observer que ce dernier était tombé « dans une pauvreté extrême ». Selon lui, M. Ben Laden ne pourrait, en aucune façon, ourdir des opérations terroristes puisque ses activités étaient « étroitement surveillées par des gardes afghans ».

M. Mutawakil avait récemment invité la journaliste du New York Times à venir inspecter n'importe quel endroit en Afghanistan qu'un responsable occidental aurait identifié comme faisant parti du réseau Ben Laden.

Mais les autorités talibanes d'Afghanistan ont finalement empêché le journaliste de se rendre en un lieu quelconque. À Darunta, on lui a interdit le passage à quelques kilomètres du camp. Au bout de cinq jours passés à Kaboul, à Jalalabad et dans la région, la journaliste et son interprète américaine d'origine afghane ont été poliment raccompagnées à la frontière et invitées à quitter l'Afghanistan.

 

L'inspiration : l'attrait de l'Afghanistan comme zone de guerre

La cause afghane a inspiré plusieurs générations de jeunes hommes déterminés à livrer la guerre sainte. Ils ont afflué par milliers dans les années 1980 pour lutter contre les forces soviétiques en réponse à un « fatwa », ou commandement religieux, édicté par d'importants érudits islamiques. Des milliers d'autres sont venus depuis lors pour aider les talibans à étendre leur pouvoir ou pour s'entraîner à des djihads ailleurs.

Les chefs talibans s'enorgueillisent d'avoir imposé la vraie loi islamique, débarrassant ainsi la société afghane de toute influence occidentale. Depuis leur prise de Kaboul, en 1996, ils ont, entre autres mesures, interdit l'enseignement aux filles et la plupart des emplois aux femmes et institué de durs châtiments contre toute personne reconnue coupable d'avoir prononcé un blasphème, joué aux cartes, regardé la télévision ou écouté de la musique, voire de s'être taillé la barbe.

M. Ben Laden est arrivé en Afghanistan en 1996, après son expulsion du Soudan. Selon les autorités américaines et les Afghans opposés aux Talibans, ces derniers ont tiré grand profit de leur loyauté envers lui, puisqu'il leur a versé des fonds qui ont servi à acheter l'allégeance de chefs guerriers locaux dans leur marche vers le pouvoir.

Il semble que ce soutien financier ne soit pas encore tari. Plusieurs diplomates et agents d'organismes d'aide en poste en Afghanistan ont estimé qu'il avait fourni des millions de dollars - 40 millions, selon l'estimation d'un diplomate - pour reconstruire des routes qui avaient été détruites pendant la guerre contre les Soviétiques et au cours de la guerre civile qui s'est ensuivie.

Il semble également que M. Ben Laden fournisse aux Talibans une aide militaire.

M. Ahmed Shah Massoud, chef d'un groupe rebelle du nord de l'Afghanistan, a déclaré, lors d'un entretien accordé dans son quartier général, qu'il se battait contre une unité de soldats spécialement entraînée par M. Ben Laden, la 55e brigade comprenant quelque 700 Arabes et d'autres musulmans engagés. M. Massoud a indiqué qu'il avait capturé des membres de cette brigade, qu'il a qualifiés de combattants des plus aguerris.

En dépit de l'aide financière et des armes obtenues de l'Iran et de la Russie, l'alliance de M. Massoud a perdu du terrain face aux Talibans l'an dernier. Ses forces sont aujourd'hui largement cantonnées dans le nord, dans la vallée imprenable du Panchir dont les flancs montagneux vertigineux aux crêtes enneigées offrent un panorama éblouissant.

M. Massoud a dit que ses soldats détenaient actuellement quelque 1.200 prisonniers talibans, dont 122 des musulmans étrangers, entre autres des Pakistanais, un émigré au Pakistan venu de la province birmane d'Arakan, des Yéménites, des Britons et des Ouigours chinois. Une conversation avec quelques-uns d'entre eux illustre bien l'attrait qu'exerce encore l'Afghanistan sur les militants de par le monde.

M. Mihraban, le jeune Pakistanais, vient du bourg de Chaghi, situé dans la province du Balouchistan. Ses yeux doux et ses manières polies masquent admirablement la ferveur qui l'a mené jusque dans cette prison sordide des montagnes rudes et escarpées de l'Hindou-Kouch.

Son périple en Afghanistan a débuté lors de son adhésion au Harakat oul Moudjahidine, groupe dont la vocation de faire relâcher à l'Inde son emprise sur le Cachemire lui a valu son inscription par le département d'État sur la liste des groupements terroristes. M. Mihraban a fait ses classes en 1992 sous la direction du Harakat au camp Salman I Farsi, situé à Baktiah, en Afghanistan. Il a dit qu'il avait également combattu au Tadjikistan.

M. Obeida Rahman, un Yéménite de 21 ans originaire de Sana, issu d'une famille pauvre de 10 enfants, a eu ses frais de logement et d'entraînement payés en Afghanistan par les enseignants de sa madrassa, ou académie religieuse. Ceux-ci, selon lui, l'avaient exhorté à aller se battre en Afghanistan, contre les vux de sa famille. Son stage de formation l'avait emballé : « Dès qu'on a un fusil, c'est la liberté. On se sent capable de faire n'importe quoi.»

Originaire de Kashgar dans la province chinoise de Xingiang, Abdoul Jalil, 21 ans, a déclaré que, bien qu'il ait été fait prisonnier, il était heureux d'être allé en Afghanistan et de s'y être battu grâce au millier de dollars que son père, agriculteur de métier, lui avait donné pour poursuivre ses études. « Je veux toujours créer un État islamique partout dans le monde, si Dieu le veut », a-t-il dit en ajoutant qu'il comptait, après sa libération, retourner en Chine pour participer au djihad.

Retourner dans leur pays pour poursuivre le djihad est le but d'un grand nombre de prisonniers. Ancienne analyste de l'Agence de renseignement de la défense qui s'est entretenue avec de nombreux prisonniers étrangers détenus par M. Massoud, Mme Julie Sirrs a indiqué que près de la moitié d'entre eux appartenaient à des groupements que le département d'État considérait comme terroristes. Aucun d'entre eux n'avait jamais vu M. Ben Laden, mais il était leur héros. Mme Sirrs, qui est maintenant consultante indépendante, a financé ses propres études portant sur les prisonniers.

Lors de l'interview qu'il a accordée dans un de ses camps situés dans la vallée du Panchir l'été dernier, M. Massoud a déclaré que ses prisonniers avaient été induits en erreur et qu'ils croyaient à tort qu'ils participaient au djihad en Afghanistan en aidant les talibans.

Les prisonniers, a-t-il dit, commettent en fait un péché en s'adonnant au terrorisme et en violant les préceptes de l'islam qui interdisent de créer des dissensions parmi les musulmans. « Je dis maintenant à tous ceux qui luttent en Afghanistan qu'ils ne recevront jamais la bénédiction de Dieu pour ce qu'ils font dans mon pays. »

 

Les facilitateurs - Comment les écoles islamiques encouragent leurs étudiants

Les responsables américains admettent qu'ils n'ont qu'une faible influence sur les talibans, qui, disent-ils, ont un allié régional puissant : le Pakistan.

Des agents des organismes d'aide et des Afghans ont indiqué qu'ils avaient vu des soldats revêtus de l'uniforme de l'armée pakistanaise se battre pour le compte des talibans l'été et l'automne derniers.

M. Massoud et des agents des organismes d'aide en Afghanistan ont dit que les talibans avaient de plus en de plus de difficulté à recruter des combattants pour leur guerre civile et qu'ils s'étaient même heurtés à une résistance armée lors de leurs missions de recrutement dans divers villages et villes. Les forces des talibans, a affirmé M. Massoud, sont de plus en plus tributaires des soldats et des étudiants pakistanais qui sont envoyés au front pour défendre la cause islamique.

Le Pakistan nie qu'il ait envoyé des soldats se battre aux côtés des talibans. Toutefois, des diplomates, des agents des organismes d'aide et des Afghans interviewés à Kaboul et à Jalabad affirment que le Pakistan fournit non seulement des armes, une aide logistique et autre, mais aussi des soldats.

« Certains soldats semblent être venus pour se battre, d'autres pour observer seulement les combats », a indiqué un haut responsable de l'ONU qui s'est rendu dans des zones situées près de la ligne de front durant l'offensive. « Les talibans, a-t-il dit, étaient en mauvaise posture au début. Il ne fait aucun doute que c'est grâce au soutien des Pakistanais que le cours de l'offensive a changé progressivement. »

Certains disent aussi que les autorités pakistanaises poussent les étudiants à lutter pour le compte des talibans. Selon un agent d'un organisme d'aide qui a visité l'hôpital des enfants Indira Ghandi à Kaboul en juin dernier, les 400 lits étaient tous occupés par des Pakistanais qui avaient été blessés au front, et certains d'entre eux n'avaient pas plus de 15 ans. Plusieurs blessés lui ont dit que c'étaient leurs écoles religieuses qui les avaient envoyés au front. Un grand nombre de ces écoles avaient fermé pour la campagne militaire de l'été, et leurs étudiants pauvres se trouvaient sans domicile. Un médecin de l'hôpital a indiqué que parmi ses patients figuraient des Tchétchènes, des Yéménites et des Saoudiens.
Les responsables américains disent qu'ils ont peu d'influence sur le Pakistan. Les États-Unis ont mis fin à leur aide militaire en 1990 après que le Pakistan eut fait exploser une bombe nucléaire.

Sans allié dans cette partie du monde, le gouvernement Clinton a lancé une vaste campagne diplomatique en vue d'isoler les talibans de la communauté mondiale. Ses efforts ont été couronnés de succès l'an dernier lorsque l'ONU a accru, à la demande pressante des États-Unis et de la Russie, les sanctions économiques contre l'Afghanistan à compter du 19 janvier 2000.

De hauts responsables américains ont indiqué que, malgré leur grande préoccupation au sujet de la menace du terrorisme, le gouvernement des États-Unis n'a jamais offert explicitement aux talibans ce qu'ils désirent le plus, à savoir une reconnaissance diplomatique officielle. Dans ses rapports avec les talibans, ont-ils dit, le gouvernement a seulement promis que ses relations avec eux s'amélioreraient considérablement s'ils expulsaient M. Ben Laden et les chefs d'Al-Qaïda et qu'ils interdisaient aux étrangers l'accès des camps.

Des responsables ont précisé qu'ils avaient décidé de ne pas offrir directement une reconnaissance officielle parce que le gouvernement nourrissait de graves inquiétudes au sujet des violations des droits de l'homme, et en particulier de la femme, commises par les talibans.

Certains hauts responsables estimaient aussi qu'ils ne pouvaient faire confiance aux talibans pour ce qui est de l'exécution de leurs promesses car ceux-ci avaient « menti » à plusieurs reprises au sujet de M. Ben Laden.

En décembre dernier, les conseillers du président Clinton pour la sécurité nationale se sont réunis à Washington en vue de considérer les prochaines mesures à prendre contre les talibans, notamment une éventuelle intervention militaire.

Un haut responsable de la CIA a déclaré à cette occasion que l'attentat contre le destroyer « Cole » qui avait eu lieu en octobre 2000 au Yémen semblait avoir été organisé par Muhammad Omar al-Harazi, un des premiers membres d'Al-Qaïda qui était impliqué dans un attentat antérieur dirigé contre un navire de guerre américain, « The Sullivans », alors que ce dernier faisait escale à Aden en janvier 2000. M. al-Harazi a créé la première cellule d'Al-Qaïda en Arabie saoudite et a été arrêté en 1997. Il était accusé d'avoir tenté de passer en contrebande des missiles antichars dans ce pays. Entre la tentative d'attentat contre le navire « The Sullivans » et l'attentat contre le destroyer « Cole », M. al-Harazi s'est réfugié dans une résidence d'Al-Qaïda à Kandahar, une des places fortes des talibans. La CIA a cependant déclaré qu'il ne s'agissait pas là d'une preuve suffisante pour affirmer que le groupe avait donné l'ordre de l'attentat.

Plusieurs responsables qui étaient présents à cette réunion se sont opposés à toute intervention militaire parce que ses effets ne seraient guère importants et qu'elle ferait des Américains la cible de nouveaux attentats terroristes. Ils ont aussi dit qu'une opération militaire pourrait même aller à l'encontre du but recherché en renforçant la stature de M. Ben Laden chez ses partisans. « En faire un héros était bien la dernière chose que nous voulions », a dit un haut responsable.

 
 
 
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