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D'une
voix polie, réservée, Muhammad Khaled
Mihraban déclare tranquillement qu'il a
déjà tué une centaine de
personnes, peut-être davantage. Il n'est
pas très sûr.
« Non, mon but n'était pas de tuer
», poursuit ce Pakistanais de 26 ans, «
mais j'avais une ligne de conduite à suivre,
un idéal islamique. Je savais qu'il fallait
aux musulmans une terre à eux, une vraie
patrie islamique. »
Cette terre, M. Mihraban l'a trouvée à
son arrivée en Afghanistan en 1992. Ayant,
dit-il, décidé de consacrer sa vie
au djihad alors qu'il étudiait la loi islamique
à Lahore, à l'université
du Punjab, il s'est joint à un groupe militant
pakistanais qui se battait contre l'Inde dans
la province contestée du Cachemire. Il
a fait son entraînement en Afghanistan.
« Nous avons appris à poser des mines,
à fabriquer des bombes à partir
de dynamite, et à tuer sans faire de bruit.
»
Elève doué, il est vite devenu instructeur
à son tour dans des camps situés
près de Khost. « Mais je voulais
me battre, pas enseigner », explique-t-il.
Aussi, après un stage de combat au Cachemire,
il est retourné à Kaboul pour combattre
aux côtés des forces talibanes qui
s'étaient emparées de la majeure
partie du territoire.
M. Mihraban a été fait prisonner
par les rebelles qui luttent contre les talibans
dans le nord de l'Afghanistan.
Interviewé
dans sa lugubre prison, il affirme que, s'il était
relâché, il ne s'en irait pas mais
reprendrait le combat pour Kaboul. Si on le lui
demandait, il irait à Londres, à
Paris ou à New York faire sauter des femmes
et des enfants pour l'islam. « Oui, je le
ferais », dit-il de sa voix tranquille,
sans hésitation.
Si le terrorisme international qui est le cauchemar
des Américains depuis dix ans a un centre,
c'est bien l'Afghanistan, là où
se trouve le mieux incarné l'idéal
extrémiste d'un État gouverné
selon le code rigoureux de la loi islamique.
L'Afghanistan est un lieu d'inspiration, une base
essentielle d'opérations, un réservoir
de volontaires pour l'attentat-suicide et un front
militaire où se forgent des liens cruciaux.
C'est là aussi, selon les autorités
américaines, qu'Oussama Ben Laden expérimente
des armes chimiques.
Presque tous ceux qui ont participé à
des complots contre les États-Unis et leurs
alliés au cours des dix dernières
années ont appris l'art de la guerre et
des explosifs dans des camps afghans, affirment
ces autorités. Tel est le cas, par exemple,
des inculpés accusés d'avoir perpétré
en 1998 les attentats à la bombe contre
deux ambassades des États-Unis en Afrique
orientale.
L'Agence centrale de renseignement (CIA) estime
que de cinquante à soixante-dix mille militants
de cinquante-cinq pays sont venus s'entraîner
ici ces dernières années. Selon
la CIA, les talibans autorisent un vaste événtail
de groupes à opérer en territoire
afghan, depuis les partisans pakistanais qui ont
formé M. Mihraban jusqu'à l'Al-Qaïda
(« La Base » en arabe), l'organisation
d'Oussama Ben Laden. Selon des sources officielles
du Proche-Orient, près de cinq mille recrues
auraient passé dans les camps de M. Ben
Laden.
Les agents de renseignement tant américains
que proche-orientaux pensent que M. Ben Laden
gère en Afghanistan un réseau d'une
douzaine de camps qui offre une instruction dans
le maniement des armes de petit calibre et des
explosifs ainsi que dans la logistique des attentats
terroristes. D'après les agents, l'opération
contre les ambassades, qui a fait plus de deux
cents morts, a fait l'objet d'un entraînement
spécial dans un modèle de même
échelle construit dans un des camps afghans
de M. Ben Laden.
L'un de ces camps enseigne en ce moment à
une nouvelle génération de recrues
l'utilisation de produits chimiques, de poisons
et de toxines, affirment ces mêmes agents.
Au cours de l'année écoulée,
dans ce camp qui s'appelle Abu Khabab, les stagiaires
ont expérimenté des gaz innervants
sur des chiens, des lapins et d'autres animaux.
Ils ont également confectionné des
bombes à partir de produits chimiques et
de poisons disponibles en vente libre dans le
commerce et les ont essayées sur des animaux
attachés par laisse à des poteaux
dans le terrain d'essai du camp, selon des photographies
du renseignement et des témoignages d'indicateurs.
« Le rôle de l'Afghanistan est aujourd'hui
d'une clarté absolue », affirme M.
Michael Sheehan, l'ancien coordonnateur du Bureau
de la lutte antiterroriste du département
d'État et, depuis décembre, secrétaire
général adjoint de l'ONU chargé
des opérations de maintien de la paix.
« Tous les militants islamiques sur qui
nous avons enquêté y retournent pour
trouver asile. L'Afghanistan et, dans une moindre
mesure, l'Iran sont les seuls sanctuaires restants.
»
La formation des recrues aux tactiques et aux
explosifs
Les
autorités du Proche-Orient estiment qu'au
cours des six derniers mois, plus de cent hommes
recrutés par M. Ben Laden et par des groupes
affiliés ont reçu une formation
dans le camp portant le nom du militant égyptien
qui le dirige, M. Midhat Mursi, connu sous son
nom de guerre d'Abu Khabab.
Ce camp fait partie d'un vaste complexe de lieux
d'entraînement appelé Darunta, situé
à une quinzaine de kilomètres de
Jalalabad, capitale d'une province orientale afghane,
le long d'une route poussiéreuse aménagée
sur une ancienne digue de pierre portant le même
nom. Selon des responsables américains
et proche-orientaux, des produits chimiques seraient
entreposés dans des grottes renforcées
des montagnes voisines et dans des tunnels souterrains
naturellement protégés.
Parmi les « diplômés »
d'Abu Khabab de cette année figure Raed
Hijazi, le Jordano-Américain reconnu par
contumace par la Jordanie comme un chef de file
du complot visant à attaquer des touristes
à Amman pendant la célébration
du millénaire.
Arrêté
par les Syriens en octobre et renvoyé en
Jordanie, M. Hijazi a décrit aux enquêteurs
jordaniens sa formation poussée en matière
d'explosifs, selon des responsables occidentaux.
Il leur a indiqué qu'un aide-de-camp de
M. Ben Laden l'avait aidé à organiser
son voyage en Afghanistan.
Les références à l'entraînement
aux explosifs au camp Abu Khabab sont très
rares. Cependant, on en trouve une dans l'acte
d'accusation, sous pli scellé, dressé
contre Nabil Abu Aukel, un Palestinien arrêté
en juin dernier par les autorités israéliennes.
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Israël
accusait M. Aukel de collaboration avec le Hamas,
ou parti de Dieu, l'organisation palestinienne
militante, ainsi qu'avec plusieurs Arabo-Israéliens,
à des complots visant des cibles militaires
et civiles en Israël. Dans l'acte d'accusation,
dont une copie nous a été fournie
par Steven Emerson, un Américain spécialiste
du terrorisme islamique, il est dit que M. Aukel
a suivi en mars 1998, dans le camp Abu Khabab,
un stage d'entraînement de haut niveau dans
l'emploi d'explosifs utilisant des produits chimiques.
Le directeur du camp a averti M. Aukel de «
ne jamais parler de la nature de cette formation
», peut-on lire dans l'acte d'accusation.
Selon les autorités israéliennes,
l'arrestation de M. Aukel représentait
la première fois qu'Israël avait découvert
une cellule du réseau Al-Qaïda à
l'intérieur de ses frontières.
Sur les instances des États-Unis ainsi
que de la Russie, pour qui la présence
de camps d'entraînement en Afghanistan constitue
une menace, l'Organisation des Nations unies a
récemment adopté des sanctions économiques
des plus draconiennes à l'encontre de ce
pays afin d'inciter les talibans non seulement
à chasser M. Ben Laden et son proche entourage,
mais aussi à interdire à tout étranger
l'accès des camps.
Ces talibans, ou « étudiants de l'islam
», qui se sont rendus maîtres de pratiquement
tout l'Afghanistan, nient qu'ils hébergent
des terroristes ou des personnes qui les forment.
Le ministre taliban des affaires étrangères,
M. Wakil Ahmad Mutawakil, a déclaré
que la pression exercée en faveur de l'expulsion
de M. Ben Laden était « aussi insultante
que vaine ». Lors d'une interview accordée
en novembre, il a nié que M. Ben Laden
finance les talibans, faisant observer que ce
dernier était tombé « dans
une pauvreté extrême ». Selon
lui, M. Ben Laden ne pourrait, en aucune façon,
ourdir des opérations terroristes puisque
ses activités étaient « étroitement
surveillées par des gardes afghans ».
M. Mutawakil avait récemment invité
la journaliste du New York Times à venir
inspecter n'importe quel endroit en Afghanistan
qu'un responsable occidental aurait identifié
comme faisant parti du réseau Ben Laden.
Mais les autorités talibanes d'Afghanistan
ont finalement empêché le journaliste
de se rendre en un lieu quelconque. À Darunta,
on lui a interdit le passage à quelques
kilomètres du camp. Au bout de cinq jours
passés à Kaboul, à Jalalabad
et dans la région, la journaliste et son
interprète américaine d'origine
afghane ont été poliment raccompagnées
à la frontière et invitées
à quitter l'Afghanistan.
L'inspiration : l'attrait de l'Afghanistan
comme zone de guerre
La
cause afghane a inspiré plusieurs générations
de jeunes hommes déterminés à
livrer la guerre sainte. Ils ont afflué
par milliers dans les années 1980 pour
lutter contre les forces soviétiques en
réponse à un « fatwa »,
ou commandement religieux, édicté
par d'importants érudits islamiques. Des
milliers d'autres sont venus depuis lors pour
aider les talibans à étendre leur
pouvoir ou pour s'entraîner à des
djihads ailleurs.
Les chefs talibans s'enorgueillisent d'avoir imposé
la vraie loi islamique, débarrassant ainsi
la société afghane de toute influence
occidentale. Depuis leur prise de Kaboul, en 1996,
ils ont, entre autres mesures, interdit l'enseignement
aux filles et la plupart des emplois aux femmes
et institué de durs châtiments contre
toute personne reconnue coupable d'avoir prononcé
un blasphème, joué aux cartes, regardé
la télévision ou écouté
de la musique, voire de s'être taillé
la barbe.
M. Ben Laden est arrivé en Afghanistan
en 1996, après son expulsion du Soudan.
Selon les autorités américaines
et les Afghans opposés aux Talibans, ces
derniers ont tiré grand profit de leur
loyauté envers lui, puisqu'il leur a versé
des fonds qui ont servi à acheter l'allégeance
de chefs guerriers locaux dans leur marche vers
le pouvoir.
Il semble que ce soutien financier ne soit pas
encore tari. Plusieurs diplomates et agents d'organismes
d'aide en poste en Afghanistan ont estimé
qu'il avait fourni des millions de dollars - 40
millions, selon l'estimation d'un diplomate -
pour reconstruire des routes qui avaient été
détruites pendant la guerre contre les
Soviétiques et au cours de la guerre civile
qui s'est ensuivie.
Il semble également que M. Ben Laden fournisse
aux Talibans une aide militaire.
M. Ahmed Shah Massoud, chef d'un groupe rebelle
du nord de l'Afghanistan, a déclaré,
lors d'un entretien accordé dans son quartier
général, qu'il se battait contre
une unité de soldats spécialement
entraînée par M. Ben Laden, la 55e
brigade comprenant quelque 700 Arabes et d'autres
musulmans engagés. M. Massoud a indiqué
qu'il avait capturé des membres de cette
brigade, qu'il a qualifiés de combattants
des plus aguerris.
En dépit de l'aide financière et
des armes obtenues de l'Iran et de la Russie,
l'alliance de M. Massoud a perdu du terrain face
aux Talibans l'an dernier. Ses forces sont aujourd'hui
largement cantonnées dans le nord, dans
la vallée imprenable du Panchir dont les
flancs montagneux vertigineux aux crêtes
enneigées offrent un panorama éblouissant.
M. Massoud a dit que ses soldats détenaient
actuellement quelque 1.200 prisonniers talibans,
dont 122 des musulmans étrangers, entre
autres des Pakistanais, un émigré
au Pakistan venu de la province birmane d'Arakan,
des Yéménites, des Britons et des
Ouigours chinois. Une conversation avec quelques-uns
d'entre eux illustre bien l'attrait qu'exerce
encore l'Afghanistan sur les militants de par
le monde.
M. Mihraban, le jeune Pakistanais, vient du bourg
de Chaghi, situé dans la province du Balouchistan.
Ses yeux doux et ses manières polies masquent
admirablement la ferveur qui l'a mené jusque
dans cette prison sordide des montagnes rudes
et escarpées de l'Hindou-Kouch.
Son périple en Afghanistan a débuté
lors de son adhésion au Harakat oul Moudjahidine,
groupe dont la vocation de faire relâcher
à l'Inde son emprise sur le Cachemire lui
a valu son inscription par le département
d'État sur la liste des groupements terroristes.
M. Mihraban a fait ses classes en 1992 sous la
direction du Harakat au camp Salman I Farsi, situé
à Baktiah, en Afghanistan. Il a dit qu'il
avait également combattu au Tadjikistan.
M. Obeida Rahman, un Yéménite de
21 ans originaire de Sana, issu d'une famille
pauvre de 10 enfants, a eu ses frais de logement
et d'entraînement payés en Afghanistan
par les enseignants de sa madrassa, ou académie
religieuse. Ceux-ci, selon lui, l'avaient exhorté
à aller se battre en Afghanistan, contre
les vux de sa famille. Son stage de formation
l'avait emballé : « Dès qu'on
a un fusil, c'est la liberté. On se sent
capable de faire n'importe quoi.»
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Originaire
de Kashgar dans la province chinoise de Xingiang,
Abdoul Jalil, 21 ans, a déclaré
que, bien qu'il ait été fait prisonnier,
il était heureux d'être allé
en Afghanistan et de s'y être battu grâce
au millier de dollars que son père, agriculteur
de métier, lui avait donné pour
poursuivre ses études. « Je veux
toujours créer un État islamique
partout dans le monde, si Dieu le veut »,
a-t-il dit en ajoutant qu'il comptait, après
sa libération, retourner en Chine pour
participer au djihad.
Retourner dans leur pays pour poursuivre le djihad
est le but d'un grand nombre de prisonniers. Ancienne
analyste de l'Agence de renseignement de la défense
qui s'est entretenue avec de nombreux prisonniers
étrangers détenus par M. Massoud,
Mme Julie Sirrs a indiqué que près
de la moitié d'entre eux appartenaient
à des groupements que le département
d'État considérait comme terroristes.
Aucun d'entre eux n'avait jamais vu M. Ben Laden,
mais il était leur héros. Mme Sirrs,
qui est maintenant consultante indépendante,
a financé ses propres études portant
sur les prisonniers.
Lors de l'interview qu'il a accordée dans
un de ses camps situés dans la vallée
du Panchir l'été dernier, M. Massoud
a déclaré que ses prisonniers avaient
été induits en erreur et qu'ils
croyaient à tort qu'ils participaient au
djihad en Afghanistan en aidant les talibans.
Les prisonniers, a-t-il dit, commettent en fait
un péché en s'adonnant au terrorisme
et en violant les préceptes de l'islam
qui interdisent de créer des dissensions
parmi les musulmans. « Je dis maintenant
à tous ceux qui luttent en Afghanistan
qu'ils ne recevront jamais la bénédiction
de Dieu pour ce qu'ils font dans mon pays. »
Les facilitateurs - Comment les écoles
islamiques encouragent leurs étudiants
Les
responsables américains admettent qu'ils
n'ont qu'une faible influence sur les talibans,
qui, disent-ils, ont un allié régional
puissant : le Pakistan.
Des agents des organismes d'aide et des Afghans
ont indiqué qu'ils avaient vu des soldats
revêtus de l'uniforme de l'armée
pakistanaise se battre pour le compte des talibans
l'été et l'automne derniers.
M. Massoud et des agents des organismes d'aide
en Afghanistan ont dit que les talibans avaient
de plus en de plus de difficulté à
recruter des combattants pour leur guerre civile
et qu'ils s'étaient même heurtés
à une résistance armée lors
de leurs missions de recrutement dans divers villages
et villes. Les forces des talibans, a affirmé
M. Massoud, sont de plus en plus tributaires des
soldats et des étudiants pakistanais qui
sont envoyés au front pour défendre
la cause islamique.
Le Pakistan nie qu'il ait envoyé des soldats
se battre aux côtés des talibans.
Toutefois, des diplomates, des agents des organismes
d'aide et des Afghans interviewés à
Kaboul et à Jalabad affirment que le Pakistan
fournit non seulement des armes, une aide logistique
et autre, mais aussi des soldats.
« Certains soldats semblent être venus
pour se battre, d'autres pour observer seulement
les combats », a indiqué un haut
responsable de l'ONU qui s'est rendu dans des
zones situées près de la ligne de
front durant l'offensive. « Les talibans,
a-t-il dit, étaient en mauvaise posture
au début. Il ne fait aucun doute que c'est
grâce au soutien des Pakistanais que le
cours de l'offensive a changé progressivement.
»
Certains disent aussi que les autorités
pakistanaises poussent les étudiants à
lutter pour le compte des talibans. Selon un agent
d'un organisme d'aide qui a visité l'hôpital
des enfants Indira Ghandi à Kaboul en juin
dernier, les 400 lits étaient tous occupés
par des Pakistanais qui avaient été
blessés au front, et certains d'entre eux
n'avaient pas plus de 15 ans. Plusieurs blessés
lui ont dit que c'étaient leurs écoles
religieuses qui les avaient envoyés au
front. Un grand nombre de ces écoles avaient
fermé pour la campagne militaire de l'été,
et leurs étudiants pauvres se trouvaient
sans domicile. Un médecin de l'hôpital
a indiqué que parmi ses patients figuraient
des Tchétchènes, des Yéménites
et des Saoudiens.
Les responsables américains disent qu'ils
ont peu d'influence sur le Pakistan. Les États-Unis
ont mis fin à leur aide militaire en 1990
après que le Pakistan eut fait exploser
une bombe nucléaire.
Sans allié dans cette partie du monde,
le gouvernement Clinton a lancé une vaste
campagne diplomatique en vue d'isoler les talibans
de la communauté mondiale. Ses efforts
ont été couronnés de succès
l'an dernier lorsque l'ONU a accru, à la
demande pressante des États-Unis et de
la Russie, les sanctions économiques contre
l'Afghanistan à compter du 19 janvier 2000.
De hauts responsables américains ont indiqué
que, malgré leur grande préoccupation
au sujet de la menace du terrorisme, le gouvernement
des États-Unis n'a jamais offert explicitement
aux talibans ce qu'ils désirent le plus,
à savoir une reconnaissance diplomatique
officielle. Dans ses rapports avec les talibans,
ont-ils dit, le gouvernement a seulement promis
que ses relations avec eux s'amélioreraient
considérablement s'ils expulsaient M. Ben
Laden et les chefs d'Al-Qaïda et qu'ils interdisaient
aux étrangers l'accès des camps.
Des responsables ont précisé qu'ils
avaient décidé de ne pas offrir
directement une reconnaissance officielle parce
que le gouvernement nourrissait de graves inquiétudes
au sujet des violations des droits de l'homme,
et en particulier de la femme, commises par les
talibans.
Certains hauts responsables estimaient aussi qu'ils
ne pouvaient faire confiance aux talibans pour
ce qui est de l'exécution de leurs promesses
car ceux-ci avaient « menti » à
plusieurs reprises au sujet de M. Ben Laden.
En décembre dernier, les conseillers du
président Clinton pour la sécurité
nationale se sont réunis à Washington
en vue de considérer les prochaines mesures
à prendre contre les talibans, notamment
une éventuelle intervention militaire.
Un haut responsable de la CIA a déclaré
à cette occasion que l'attentat contre
le destroyer « Cole » qui avait eu
lieu en octobre 2000 au Yémen semblait
avoir été organisé par Muhammad
Omar al-Harazi, un des premiers membres d'Al-Qaïda
qui était impliqué dans un attentat
antérieur dirigé contre un navire
de guerre américain, « The Sullivans
», alors que ce dernier faisait escale à
Aden en janvier 2000. M. al-Harazi a créé
la première cellule d'Al-Qaïda en
Arabie saoudite et a été arrêté
en 1997. Il était accusé d'avoir
tenté de passer en contrebande des missiles
antichars dans ce pays. Entre la tentative d'attentat
contre le navire « The Sullivans »
et l'attentat contre le destroyer « Cole
», M. al-Harazi s'est réfugié
dans une résidence d'Al-Qaïda à
Kandahar, une des places fortes des talibans.
La CIA a cependant déclaré qu'il
ne s'agissait pas là d'une preuve suffisante
pour affirmer que le groupe avait donné
l'ordre de l'attentat.
Plusieurs responsables qui étaient présents
à cette réunion se sont opposés
à toute intervention militaire parce que
ses effets ne seraient guère importants
et qu'elle ferait des Américains la cible
de nouveaux attentats terroristes. Ils ont aussi
dit qu'une opération militaire pourrait
même aller à l'encontre du but recherché
en renforçant la stature de M. Ben Laden
chez ses partisans. « En faire un héros
était bien la dernière chose que
nous voulions », a dit un haut responsable.
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