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Jeudi 17 janvier 2002 Mise à jour : 12 h 36
MONDE


"Il se battait pour nous"


Les Afghans de Paris, rassemblés autour de l'ambassadeur à Paris et des associations de soutien françaises, se sont retrouvés samedi pour saluer la mémoire du commandant Massoud. Plusieurs figures politiques ont appelé l'Occident à soutenir ses soldats, seule riposte efficace aux attaques terroristes.


Mis en ligne le 17 septembre 2001


Les funérailles du commandant Massoud


Les visages sont fermés, mais pas abattus. Les bouches ne s'ouvrent pas, ou alors pour dire que cette fois, oui, c'est fini, le commandant Ahmad Shah Massoud est bien mort. Deux ou trois cents personnes, tout au plus, se sont rassemblés samedi sur l'esplanade du Trocadéro à Paris, pour saluer la mémoire du commandant Massoud. "Nous avons peur, confie à tf1.fr un Afghan vivant à Paris. Peur des amalgames. Peur que les civils afghans qui souffrent déjà hors de toute mesure, ne payent le prix dû par leurs bourreaux." L'avis est unanime : il n'existe qu'une seule "riposte" efficace contre les actes terroristes, c'est d'aider les troupes des résistants à gagner leur guerre. En haut des quelques marches, un homme brandit un tapis à l'effigie du commandant Massoud. Une carte en couleurs de l'Afghanistan est déployée au milieu de la foule."Je partage l'immense tristesse des Afghans, déclare la présidente du Parlement européen Nicole Fontaine aux journalistes qui se pressent autour d'elle. Je suis venue les encourager à continuer le combat de cet homme extraordinaire et paisible, que j'avais reçu, au printemps dernier, avec les honneurs dus à un chef d'Etat." Dès la fin du mois d'octobre, Mme Fontaine se rendra en Arabie saoudite pour y porter le message du commandant disparu : il faut cesser de soutenir les taliban. "Nous n'avons pas su écouter ce message, enchaîne le député européen Richard Cazenave, président du groupe France-Afghanistan. Il ne cessait de répéter : 'Nous sommes le bouclier humain contre le terrorisme international'."
Les racines de l'arbre du malheurAvec son visage lunaire, le chargé d'affaires de l'ambassade d'Afghanistan à Paris, Mehrabbudin Masstan, serre des mains en silence. "Pour la mémoire du commandant Massoud, mes amis, il ne faut pas cesser de combattre, explique-t-il à ceux qui se rassemblent autour de lui. Mais, pour régler le problème qui perpétue les souffrances de mon pays, il faut comprendre que les racines de l'arbre du malheur afghan sont au Pakistan." Depuis des années, ce jeune père de famille, élève du lycée français de Kaboul, fils d'une figure du Panjshir avec lequel Massoud était lié, coordonne et persuade ses "amis français" de s'intéresser à la cause afghane. Tout jeune, il était venu s'enrôler dans les troupes du chef des Moujahidin, retranché dans les montagnes. Comme il n'était pas en âge de combattre et qu'il parlait français, "Le Chef" a fait de lui l'infatigable escorte des journalistes, des médecins, de tous ceux qui traversaient les montagnes pour voir "l'autre Afghanistan".
Le philosophe André Glucksmann, infatigable pourfendeur de "l'Etat-voyou" russe depuis l'offensive tchétchène, a la voix grave et le regard insistant. "Massoud, confie-t-il à tf1.fr, était un homme rare, qui savait compter jusqu'à trois. Il disait avoir lutté contre le fascisme rouge de l'Armée russe, avant de lutter, de la même manière et dans le même but, contre le fascisme noir des taliban. Ce n'était pas un homme à exterminer pour se venger des exterminateurs."Le philosophe martèle une idée qu'il lance à qui veut l'entendre depuis des années : "Il faut se méfier des Russes, qui sont trop contents aujourd'hui d'avoir les mains libres pour massacrer ce qu'ils pensent être le terrorisme islamique. Mais on sait ce que cela a donné en Tchétchénie : une capitale de 400.000 habitants rasée. Et dans les ruines germe toujours l'intégrisme." Lui aussi estime que l'Occident n'a pas su ou pas voulu écouter le commandant, "un homme fin, lecteur de Victor Hugo et défenseur d'un islam tolérant et démocrate". C'est la raison pour laquelle il lance, devant une foule médusée : "Pardon aux New Yorkais ! Si nous avions aidé l'Alliance du nord, nous n'en serions pas là. Au lieu de quoi, lorsque Massoud est venu à Paris au printemps dernier, les portes des palais gouvernementaux sont restées fermées."
"Massoud ? Qui ça ?"Le haut-parleur siffle. Une poignée de touristes américains longent l'attroupement, grognant contre ceux qu'ils croient être des pro-taliban. Lorsqu'on les informe qu'il s'agit des partisans du commandant Massoud, la réponse est nette : "Qui ça ?" De part et d'autre de l'assemblée, des groupes essayent de se faufiler jusqu'au panorama donnant sur la Tour Eiffel. "Il se battait pour nous ! s'exclame Brice Lalonde. Et j'espère que, bientôt, nous pourrons remercier le commandant Massoud dans Kaboul libéré." Au milieu de la foule, la femme de Mehrabbudin Masstan fond en larmes.

Douchambé aurait identifié les assassins de Massoud
Le Tadjikistan a affirmé dimanche avoir identifié les deux assassins du chef militaire de l'opposition afghane Ahmed Shah Massoud. Il s'agirait de Kassim Bocouli, 28 ans, et Karim Souzani, 34 ans, originaires du Maroc et qui vivaient en Belgique. Selon un responsable du ministère tadjik des Affaires étrangères Igor Sattarov, "cet attentat a été perpétré avec la participation des services secrets pakistanais, des taliban et de (Oussama) ben Laden". Un des terroristes aurait été tué par l'explosion de la caméra piégée tandis que le second était abattu par un garde du corps de Massoud alors qu'il tentait de s'enfuir.
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