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Communication à la Commission des Relations
Internationales du Sénat des Etats-Unis,
Audience sur les événements en
Afghanistan
Monsieur le président, Messieurs les
honorables représentants du peuple et
des Etats-Unis d'Amérique,
Au nom de Dieu,
Je vous envoie ce message aujourd'hui au nom
de l'amour pour la liberté et la paix
du peuple d'Afghanistan, au nom des Moudjahidine
combattants de la liberté qui ont résisté
et battu le communisme soviétique, des
hommes et des femmes qui résistent toujours
à l'oppression et à l'hégémonie
étrangère, et au nom de plus d'un
million et demi de martyrs afghans qui ont sacrifié
leurs vies pour soutenir quelques unes des valeurs
et idéaux communs à bien des Américains
et des Afghans. Nous sommes à un moment
crucial et unique de l'histoire de l'Afghanistan
et du monde, un moment où l'Afghanistan
traverse encore un autre seuil et connaît
une nouvelle période de lutte et de résistance
pour assurer sa survie en tant que nation libre
et Etat indépendant.
J'ai passé ces vingt dernières
années, la plupart de ma vie d'adolescent
et d'adulte, aux côtés de mes compatriotes,
au service de la nation afghane, à mener
une dure bataille pour préserver notre
liberté, notre indépendance, notre
droit à l'auto-détermination et
à la dignité. Les Afghans ont
combattu pour Dieu et leur pays, seuls parfois,
avec l'aide de la communauté internationale
à d'autres moments. Contre toute attente,
nous, le monde libre et les Afghans, avons arrêté
et contrecarré l'expansionnisme soviétique
il y a de cela dix ans. Mais les habitants attaqués
de mon pays n'ont pu savourer les fruits de
la victoire. Au lieu de cela, ils furent jetés
dans un tourbillon d'intrigues étrangères,
de supercheries gigantesques, et de querelles
intestines. Notre pays et notre noble peuple
furent brutalisés et victimes d'une avidité
qui n'avait pas lieu d'être, d'intentions
hégémoniques et de l'ignorance.
Nous, Afghans, avons aussi fait des erreurs.
Nos défauts sont des conséquences
de notre innocence politique, de notre inexpérience,
notre vulnérabilité, des représailles,
des querelles et d'hommes bouffis d'orgueil.
Mais cela ne justifie en aucune façon
ce que certains de nos prétendus alliés
de la guerre froide ont fait pour saper cette
juste victoire et déclencher leurs plans
diaboliques de destruction et d'assujettissement
de l'Afghanistan.
Aujourd'hui, le monde voit et perçoit
clairement les résultats de méfaits
aussi inconsidérés. Le Sud de
l'Asie Centrale est plongée dans les
troubles, et des pays sont au bord de la guerre.
La production illégale de la drogue,
les activités et les organisations terroristes
y sont en hausse. Des massacres de masses à
motivation ethnique ou religieuse, des déplacements
forcés de populations ont lieu, et les
droits de l'homme et de la femme les plus élémentaires
sont violés sans vergogne. Le pays a
été graduellement occupé
par des fanatiques, des extrémistes,
des terroristes, des mercenaires, des mafias
de la drogue, et des assassins professionnels.
Une faction, les Taliban, qui ne représente
en aucune manière l'Islam, l'Afghanistan
ou notre héritage culturel vieux de plusieurs
siècles, a exacerbé cette situation
explosive. Ils refusent obstinément de
parler ou d'obtenir un compromis avec la moindre
autre partie afghane.
Malheureusement, cette sombre réalisation
n'aurait pu se matérialiser sans l'aide
et l'implication directe de cercles gouvernementaux
et non-gouvernementaux influents au Pakistan.
En dehors de l'aide logistique, du fuel et des
armes reçues du Pakistan, nos services
de renseignement indiquent que plus de 28 000
citoyens Pakistanais, incluant du personnel
paramilitaire et des conseillers militaires
sont parties prenantes dans l'occupation des
Taliban dans plusieurs régions d'Afghanistan.
Actuellement, nous tenons dans nos camps de
prisonniers de guerre plus de 500 citoyens pakistanais
incluant du personnel militaire. Trois problèmes
majeurs - le terrorisme, la drogue et la question
des droits de l'homme - ont leur origine dans
les zones tenues par les Taliban, mais furent
engendrés à l'instigation du Pakistan,
formant ainsi imbriqués les angles d'un
triangle funeste. Pour beaucoup d'Afghans de
toutes ethnie ou religion, l'Afghanistan est
un pays à nouveau occupé, pour
la deuxième fois en dix ans.
Laissez-moi corriger un certain nombre d'affirmations
fallacieuses propagées par les commanditaires
des Taliban et leurs lobbies à travers
le monde. Dans le court et le long terme cette
situation ne profitera à personne, même
en cas de contrôle total par les Taliban.
Il n'en résultera pas la stabilité,
la paix et la prospérité de la
région. Le peuple d'Afghanistan n'acceptera
pas un régime si répressif. Les
pays de la région ne se sentiront jamais
en sécurité. La résistance
ne cessera pas en Afghanistan. Elle prendra
au contraire une nouvelle dimension nationale,
englobant les Afghans de toutes les ethnies
et de toutes les strates sociales.
Le but est clair. Les Afghans veulent regagner
leur droit à l'autodétermination
au moyen d'un processus démocratique
ou traditionnel acceptable pour notre peuple.
Aucun groupe, aucune faction, ni aucun individu
n'ont le droit de dicter ou d'imposer leur volonté
par la force ou la procuration sur les autres.
Mais, d'abord, les obstacles doivent être
repoussés, la guerre doit cesser, une
paix juste doit être établie ainsi
qu'une administration de transition visant à
former un gouvernement représentatif.
Nous voulons tendre vers ce noble but. Nous
considérons comme de notre devoir de
défendre l'humanité contre le
fléau de l'intolérance, de la
violence et du fanatisme. Mais la communauté
internationale et les démocraties du
monde ne devraient pas perdre un temps qui est
précieux, et devraient jouer leur rôle
critique pour aider de toutes les manières
possibles le valeureux peuple d'Afghanistan
à venir à bout des obstacles qui
existent sur le chemin de la liberté,
de la paix, de la stabilité et de la
prospérité.
Une pression effective devrait être exercée
sur les pays qui se dressent contre les aspirations
du peuple d'Afghanistan. Je vous convie instamment
à engager des discussions constructives
et substantielles avec nos représentants
et tous les Afghans qui peuvent et veulent s'entendre
dans un large consensus en faveur de la paix
et de la liberté pour l'Afghanistan.
Avec l'assurance de tout mon respect et mes
meilleurs voeux pour le gouvernement et le peuple
des Etats-Unis.
Ahmad Shah Massoud.
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