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  Au plus près

ls sont l’honneur de la presse, ces journalistes qui partent sur les fronts de guerre, au péril de leur vie. Pierre Georges le rappelle, dans le billet du MONDE, « ils couvrent les conflits… dans un seul but et avec un seul objectif : dire la guerre, s’en faire les témoins… rapporter vraiment ce qui se passe et pour le rapporter, obligation première, aller voir… au plus près. ».

 


Bien au delà de tous les hommages officiels, des grands reporters, témoignent ce matin dans vos journaux, de cette passion de Johanne et Pierre d’aller voir « au plus près ». L’envoyé spécial du FIGARO était à leurs côtés dimanche matin, sur une colline, au Nord de l’Afghanistan: « le piton de Chatagai offrait un magnifique balcon sur la guerre, écrit Arnaud de la Grange. On pouvait suivre le ballet des chasseurs de l’US Air Force larguant leurs bombes sur la plaine. Suivre aussi les trajectoires des obus tirés depuis les positions que nous occupions… Assise au bord d’une tranchée, Johanne lisait un quotidien français amené par un journaliste fraîchement arrivé. Pierre passait de groupe en groupe en lâchant son chapelet de plaisanteries. En début d’après-midi, le danger se rappelait à nous sous la forme de trois obus tombant entre 150 et 300 mètres »…

La presse elle-même a beaucoup raillé le « Journalistan », ces escouades d’envoyés spéciaux, incultes ou têtes brûlées, colonisant les hôtels de luxe du Pakistan pour bidonner plus ou moins des papiers sur la guerre. Johanne Sutton de Radio France Internationale, Pierre Billaud, de RTL et Volker Handloik du magazine allemand Stern, étaient d’une toute autre étoffe et c’est pour aller voir « au plus près » qu’ils sont tombés sous les balles talibanes, dimanche soir, au Nord Est de l’Afghanistan, où ils couvraient l’offensive de l’Alliance du Nord. Dans la froideur anonyme des chiffres, L’HUMANITE le rappelle d’ailleurs ce matin : 32 journalistes ont été tués dans l’exercice de leur mission l’an dernier, selon Reporters sans Frontières, du Pays Basque espagnol au Timor Oriental ou en Sierra Leone…

Pas d’emphase dans les témoignages de leurs camarades, juste le souci de dire de témoigner des qualités humaines qui font un aussi un grand reporter digne de ce nom. Dans LIBERATION, Jean-Pierre Perrin raconte comment, après une semaine de galère sur les pistes afghanes, sa route a croisé celle de Johanne et de Pierre, non loin de la frontière tadjike, où ils faisaient d’ailleurs équipe avec Véronique Rebeyrotte, notre camarade de France Culture qui a miraculeusement échappé à la mort à leurs côtés : « ils nous accueillirent avec un vrai luxe : un peu de Nescafé qui leur restait, de vrais éclats de rire au récit de nos mésaventures et en se serrant au maximum sur leurs paillasses pour que nous puissions tenir.

C’était il y a tout juste une semaine, écrit Jean-Pierre Perrin, en éclairant les conditions dans lesquelles ses confrères ont pu se retrouver sous le feu des forces talibanes : « leur décès met en lumière les risques encourus pour suivre un conflit où, à cause de l’enchevêtrement des lignes de front, la guerre est tantôt introuvable, tantôt partout ». Toute la presse porte évidemment le deuil de ces « passeurs de réalité », comme les appelle Bruno Frappat dans LA CROIX, ces passeurs de réalité sans lesquels l’information sur les conflits ne serait que fantasmes ou propagande.