| BEN
LADEN : "C'EST UN SALAUD, MAIS C'EST NOTRE
SALAUD" "C'est un salaud, mais c'est notre
salaud", disait un président américain
(lequel, déjà ?) de Somoza senior.
"C'est un salaud, mais c'est notre salaud,
convient-il de dire aujourd'hui d'Oussama Ben Laden.
Notre salaud, notre créature. Dans son "Frankenstein",
Mary Shelley faisait, il y a deux siècles,
la narration de ce qui vient de se produire : le
docteur Viktor Frankenstein créée
à partir de cadavres une créature
monstrueuse à laquelle il donne vie, mais
qui échappe à son contrôle et
sème la terreur, jusqu'à le frapper
lui-même dans ses proches. Comme la créature
de Frankenstein, Oussama Ben Laden a été
créé par ceux qu'il a fini par frapper.
NAISSANCE DE LA CRÉATURE Oussama Ben Laden
est issu (officiellement le 28 juillet 1957) d'une
riche famille saoudienne, ou plutôt d'une
tribu dont le chef, Mohammed, a eu une douzaine
d'épouses et de concubines, et 54 enfants,
dont 17 fils -Oussama est le benjamin- qui participent
de près ou de loin à la gestion -ou
profitent des bénéfices- de l'empire
financier familial). Les Ben Laden se sont enrichis
par leur activité dans le bâtment et
les travaux publics (agrandissement des mosquées
de La Mecque et de Médine, construction d'autoroutes,
d'aéroports, de palais), le fondateur, Mohammed,
ayant été ministre des Travaux Publics
du roi Fayçal. La famille contrôle
totalement, et dans une totale opacité, le
groupe issu de la petite entreprise fondée
en 1940, et devenu le SAUDI BINLADIN GROUP (SBG),
groupe international comprenant de nombreux holdings
et de nombreuses filiales, présent dans les
travaux publics, l'électricité (constructions
de centrales), les équipements pétroliers,
l'électronique, l'import-export (voitures,
vêtements), les communications (le groupe
détient des participations dans NORTEL et
MOTOROLA). Il s'agit de l'une des plus importantes
puissances financières d'Arabie Saoudite,
et donc du monde arabe, et son chiffre d'affaire
est évalué à 36 milliards de
dollars (plus de 50 mias FS). Le groupe SBG contrôle
une bonne centaine de filiales "offshore"
dans les Antilles néerlandaises, aux Bahamas,
à Curaçao et en Suisse, où
Yeslam Ben Laden gère le SAUDI INVESTMENT
GROUP, "tête de réseau" des
sociétés "offshore". SBG
contrôle également, en les finançant,
de nombreuses fondations et ONG, comme l'INTERNATIONAL
ISLAMIC RELIEF ORGANISATION, créée
en 1978 pour aider les réfugiés musulmans,
et BLESSED RELIEF. Ces deux organisations ont été
convaincues par les autorités saoudiennes
elles-mêmes d'avoir versé plusieurs
dizaines millions de dollars au réseau d'Oussama
Ben Laden. Elles ont plaidé le racket. De
sa famille, qui l'a officiellement renié,
Oussama Ben Laden a hérité de plus
de 300 millions de dollars. LA CRÉATURE GRANDIT,
SOUS L'AILE PROTECTRICE DE LA CIA ET DU PENTAGONE
(et de quelques autres) Oussama Ben Laden, alors
ingénieur en génie civil , est recruté
par la CIA à Istambul en 1979 (sous la présidence
de Jimmy Carter). C'est depuis Istambul que les
Américains organisent l'acheminement des
volontaires islamistes pour la guerre en Afghanistan,
contre les forces soviétiques qui occupent
le pays. A l'époque, un conseiller du président
Carter, Robert Budzinsky, membre du Conseil national
de sécurité, avait proposé
(et partiellement obtenu) que les islamistes arabes
rejoignant les islamistes afghans en lutte contre
les Soviétiques bénéficient
de l'aide concrète, physique, de la CIA.
Des Conseillers de la CIA et de l'armée américaine
(mais aussi des services spéciaux britanniques)
ont été expédiés en
Afghanistan et au Pakistan pour entraîner
militairement les moudjahidines afghans, par ailleurs
militairement équipés par les USA
(notamment de missiles Stinger, dévastateurs
pour les hélicoptères soviétiques).
Responsable, avec le jordano-palestinien Abdallah
Youcef Azzam, proche des Frères Musulmans
et directement soutenu par les Saoudiens (assassiné
en novembre 1989, peut-être par ou sur ordre
de Ben Laden lui-même), de la logistique de
l'aide aux combattants islamistes afghans, Oussama
Ben Laden devient l'un des responsable financier
de leur approvisionnement en armes, financé
par l'Arabie Saoudite et les USA (pour 1,2 milliards
de dollars par an). Le réseau mis sur pied
à l'époque est le "Maktab Al
Khadamat". Il servira de fondation au nouveau
réseau créé, et désormais
totalement contrôlé par Ben Laden,
la "Qaeda" (ou Quaida). En 1980, il gagne
l'Afghanistan, où il restera, avec des séjours
au Pakistan (à Peshawar notamment) juqu'en
1992. Il y est chargé jusqu'en en 1989 de
la répartition du soutien financier aux diverses
factions de la résistance antisoviétique.
Il bénéficie toujours alors du soutien
total des Américains (Reagan est président,
Bush senior est vice-président) et des Saoudiens,
notamment par l'intermédiaire du prince Turki
Ben Fayçal, frère du roi, chef des
services secrets -et lui-même directement
lié à la CIA. Parallèlement,
Ben Laden met sur pied une filière d'opium
à partir de la province de Helmand, contrôlée
par la faction de Gulbuddin Hekmatyar. Sous la présidence
Reagan, l'appui logistique aux islamistes afghans
et aux islamistes arabes qui les rejoignent est
toujours assuré par la CIA (dirigée
par William Casey) et le Pentagone (Alexander Haig
est secrétaire d'Etat à la Défense).
Des armes, des fonds, des instructeurs sont envoyés
en Afghanistan. Oussama Ben Laden en reçoit
une partie, jjsqu'au départ des Soviétiques
d'Afghanistan en 1989. LA CRÉATURE ÉCHAPPE
à SON CRÉATEUR La Guerre du Golfe
de 1990, succédant à l'invasion du
Koweït par l'Irak, rompt le "front islamique"
au sein duquel cohabitaient Saoudiens (et émirs
du Golfe) alliés des Américains et
fondamentalistes anti-américains : l'engagement
de l'Arabie Saoudite dans la coalition anti-irakienne
sous contrôle américain a suscité,
en retour, une alliance anti-saoudienne entre des
forces qui jusque là bénéficiaient
du soutien saoudien, et donc, indirectement, américain.
A moment du conflit du Golfe, Oussama Ben Laden
se trouvait en Arabie Saoudite. Il la quittera en
1991, après y avoir créé un
mouvement d'opposition, le Comité Conseil
et Réforme. |
Il
se replie en 1992, après le départ
des Soviétiques d'Afghanistan, à
Khartoum, avec plusieurs milliers d'hommes, et
continue de contrôler le trafic d'opium
mis sur pied auparavant, et qui contribue à
financer ce qui est déjà son réseau
et son "armée privée",
et qui ne cessera de se renforcer, grâce
à ce trafic, et au groupe financier qu'il
constitue. Depuis le Soudan, Ben Ladden approvisionne
Hekmatyar en hommes et en armes. La "nébuleuse"
Ben Ladden est d'abord une constellation financière,
un groupe actif dans la finance, l'automobile,
les machines-outils, la chimie, les travaux publics.
Par l'intermédiaire de la Banque ACH-CHAMAL
(Banque du nord), il contrôle de nombreuses
sociétés et plusieurs organisations
non-gouvernementales soutenant les mouvements
fondamentalistes sunnites partout où ils
se développent, les créant là
où ils n'existent pas encore. Ben Ladden
finance ainsi les mouvements islamistes en Algérie,
en Egypte, en Syrie, dans les pays musulmans d'Asie.
Sa fortune à l'époque (début
des années '90) est estimée à
2 milliards de dollars (env. 3,5 mias de FS, 14
mias FF) En 1994, Oussama Ben Laden est privé
de sa nationalité saoudienne. Mais les
Saoudiens continuent de financer une partie de
ses réseaux, et Ben Laden reste en contacts
avec le prince Turki, c'est-à-dire avec
les services secrets saoudiens, c'est-à-dire,
au moins indirectement, avec la CIA, jusqu'au
limogeage de Turki, à l'été
2001 (il a été remplacé par
le frère du roi Fahd, Nawaf Ben Abdelaziz,
ancien ministre de l'Intérieur. En 1996,
Oussama Ben Laden doit quitter le Soudan (sur
demande des autorités -islamistes- soudanaises).
Il rejoint à nouveau l'Afghanistan. En
1998, sa famille le renie (officiellement du moins).
Mais à ce moment là encore, il reste
vraisemblablement lié aux services secrets
saoudiens (du moins à une partie d'entre
eux, et au prince Turki), et son "empire"
financier continue à fonctionner, lui permettant
de continuer à financer ses groupes armés
et à entraîner ses combattants. En
Afghanistan, Ben Laden devient le conseiller du
chef des talibans, Mohammad Omar, et met ses réseaux
(et ses trafics, y compris celui de l'opium) au
service des talibans, dont les intérêts
financiers sont gérés par une banque
soudanaise tenue par le fils d'Oussama Ben Laden.
Les Talibans eux-mêmes ont été
portée au pouvoir par les services secrets
pakistanais (ISI), lesquels ont agi pendant des
années en sous-traitants de la CIA dans
la région. Dès lors, l'organisation
de Ben Laden, AL QUAIDA ("la base"),
crée à l'époque où
Ben Laden bénéficiait du soutien
direct de la CIA et du Pentagone, contrôle
une douzaine de camps d'entraînement et
est représentée dans une cinquantaine
de pays. Elle s'est dotée d'une "filiale"
politique, le "Front mondial du djihad contre
les juifs et les croisés", qui fédère
(ou essaye de fédérer) plusieurs
dizaines de groupes armés dans le monde*,
dans le cadre d'une organisation très souple
dont les éléments seraient très
largement autonomes les uns des autres. Cette
organisation est directement née du financement
et du soutien (y compris de l'entraînement
et de l'armement) par la CIA, l'Arabie Saoudite
et le Pakistan des 8000 à 10'000 combattants
arabes venus rejoindre les Moudjahidines afghans.
La CIA aurait à elle seule apporté
un soutien de trois à cinq milliards de
dollars au "djihad" (antisoviétique,
devenu antiaméricain), et l'Arabie Saoudite
à peu près autant.
Une partie des "djihadis" convoyés
en Afghanistan grâce au soutien américain
se sont ensuite établis aux USA. Une partie
de ces anciens combattants auraient constitués
des cellules dormantes sur territoire américain.
Il n'est évidemment pas exclu que ces cellules
(ou une partie d'entre elles, ou certains de leurs
éléments) aient été
activées pour les attentats du 11 septembre,
ceux-ci n'ayant pu être commis sans complicitésd
actives aux USA. Parallèlement aux réseaux
de Ben Laden, les réseaux islamistes directement
soutenus par la CIA via les Saoudiens et la Ligue
islamique mondiale d'Abdallah Bensalah Al-Obeid
continuent cependant de fonctionner. Il semble
même que, concuremment à ces réseaux
qu'elle suspecte d'être manipulés
par les Américains, la France soit entrée
dans le jeu et ait soutenu la mise en place de
réseaux islamistes qu'elle pourrait elle
aussi manipuler, mais par l'intermédiaire
des Soudanais (qui lui ont livré Carlos)
et du Front national islamique de Ghazi Saâdeddine
al Atabany. La France est ainsi fortement suspectée
d'avoir directement financé la conférence
islamiste internationale de Khartoum, en décembre
1993, et d'avoir utilisé (ou tenté
de le faire) l'idéologue soudanais Hassan
Tourabi contre les Saoudiens et les Américains
-lesquels n'auraient pas été sans
responsabilité dans la mise à l'écart
de Tourabi à Khartoum. Quant à Ben
Laden, responsable d'un attentat en juin 1996
contre des militaires américains à
Sahran, en Arabie Saoudite (plusieurs dizaines
d'Américains sont tués, il devient
"ennemi public numéro 1" des
USA dès 1998, après les attentats
contre les ambassades américaines de Nairobi
et Daar es Salaam. Ce qui ne l'empêche pas
de voyager sans grand problème, y compris
à Londres, dans son avion privé...
LA
CRÉATURE EST UN MODÈLE DE RÉUSSITE
FINANCIÈRE (CAPITALISTE) Le réseau
financier d'Oussama Ben Laden continue dans le
même temps de se développer. En Europe,
à partir de Londres, ses représentants
financiers ont investi dans l'électronique,
le bâtiment, l'import-export. Il est présent,
par des sociétés-écrans,
au Pakistan, dans le Golfe et dans les paradis
fiscaux et financiers. Il contrôle notamment
l'AL-TAQWA BANK, domiciliée à Nassau
auprès du NASREDDIN INTERNATIONAL GROUPE
HOLDING (NIGH), et qui dispose d'une filiale à
Malte (AL-TAQWA MANAGEMENT) et en Suisse, à
Lugano. Oussama Ben Laden possède ou contrôle
également des entreprises agricoles et
de travaux publics au Soudan, des sociétés
financières aux îles Caïmans
et à Curaçao. Il serait même
fournisseur de gomme arabique de plusieurs multinationales
américaines, dont Coca-Cola. En mai 2001,
lors d'une réunion de l'OCDE consacrée
à la lutte contre les "paradis"
fiscaux et financiers, le secrétaire américain
au Trésor, Paul O'Neill, a annoncé
que cette lutte ne correspondait pas "aux
priorités financières et économiques"
des USA. Elle correspond encore moins aux intérêts
d'Oussama Ben Laden. Sur ce terrain aussi, les
gouvernants américains ont été
les alliés au moins "objectifs"
de leur "ennemi numéro 1".
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