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Oussama Ben Laden : «C'est un salaud, mais c'est notre salaud» Pascal Holenweg    18/09/2001 source : nation-arabe
BEN LADEN : "C'EST UN SALAUD, MAIS C'EST NOTRE SALAUD" "C'est un salaud, mais c'est notre salaud", disait un président américain (lequel, déjà ?) de Somoza senior. "C'est un salaud, mais c'est notre salaud, convient-il de dire aujourd'hui d'Oussama Ben Laden. Notre salaud, notre créature. Dans son "Frankenstein", Mary Shelley faisait, il y a deux siècles, la narration de ce qui vient de se produire : le docteur Viktor Frankenstein créée à partir de cadavres une créature monstrueuse à laquelle il donne vie, mais qui échappe à son contrôle et sème la terreur, jusqu'à le frapper lui-même dans ses proches. Comme la créature de Frankenstein, Oussama Ben Laden a été créé par ceux qu'il a fini par frapper. NAISSANCE DE LA CRÉATURE Oussama Ben Laden est issu (officiellement le 28 juillet 1957) d'une riche famille saoudienne, ou plutôt d'une tribu dont le chef, Mohammed, a eu une douzaine d'épouses et de concubines, et 54 enfants, dont 17 fils -Oussama est le benjamin- qui participent de près ou de loin à la gestion -ou profitent des bénéfices- de l'empire financier familial). Les Ben Laden se sont enrichis par leur activité dans le bâtment et les travaux publics (agrandissement des mosquées de La Mecque et de Médine, construction d'autoroutes, d'aéroports, de palais), le fondateur, Mohammed, ayant été ministre des Travaux Publics du roi Fayçal. La famille contrôle totalement, et dans une totale opacité, le groupe issu de la petite entreprise fondée en 1940, et devenu le SAUDI BINLADIN GROUP (SBG), groupe international comprenant de nombreux holdings et de nombreuses filiales, présent dans les travaux publics, l'électricité (constructions de centrales), les équipements pétroliers, l'électronique, l'import-export (voitures, vêtements), les communications (le groupe détient des participations dans NORTEL et MOTOROLA). Il s'agit de l'une des plus importantes puissances financières d'Arabie Saoudite, et donc du monde arabe, et son chiffre d'affaire est évalué à 36 milliards de dollars (plus de 50 mias FS). Le groupe SBG contrôle une bonne centaine de filiales "offshore" dans les Antilles néerlandaises, aux Bahamas, à Curaçao et en Suisse, où Yeslam Ben Laden gère le SAUDI INVESTMENT GROUP, "tête de réseau" des sociétés "offshore". SBG contrôle également, en les finançant, de nombreuses fondations et ONG, comme l'INTERNATIONAL ISLAMIC RELIEF ORGANISATION, créée en 1978 pour aider les réfugiés musulmans, et BLESSED RELIEF. Ces deux organisations ont été convaincues par les autorités saoudiennes elles-mêmes d'avoir versé plusieurs dizaines millions de dollars au réseau d'Oussama Ben Laden. Elles ont plaidé le racket. De sa famille, qui l'a officiellement renié, Oussama Ben Laden a hérité de plus de 300 millions de dollars. LA CRÉATURE GRANDIT, SOUS L'AILE PROTECTRICE DE LA CIA ET DU PENTAGONE (et de quelques autres) Oussama Ben Laden, alors ingénieur en génie civil , est recruté par la CIA à Istambul en 1979 (sous la présidence de Jimmy Carter). C'est depuis Istambul que les Américains organisent l'acheminement des volontaires islamistes pour la guerre en Afghanistan, contre les forces soviétiques qui occupent le pays. A l'époque, un conseiller du président Carter, Robert Budzinsky, membre du Conseil national de sécurité, avait proposé (et partiellement obtenu) que les islamistes arabes rejoignant les islamistes afghans en lutte contre les Soviétiques bénéficient de l'aide concrète, physique, de la CIA. Des Conseillers de la CIA et de l'armée américaine (mais aussi des services spéciaux britanniques) ont été expédiés en Afghanistan et au Pakistan pour entraîner militairement les moudjahidines afghans, par ailleurs militairement équipés par les USA (notamment de missiles Stinger, dévastateurs pour les hélicoptères soviétiques). Responsable, avec le jordano-palestinien Abdallah Youcef Azzam, proche des Frères Musulmans et directement soutenu par les Saoudiens (assassiné en novembre 1989, peut-être par ou sur ordre de Ben Laden lui-même), de la logistique de l'aide aux combattants islamistes afghans, Oussama Ben Laden devient l'un des responsable financier de leur approvisionnement en armes, financé par l'Arabie Saoudite et les USA (pour 1,2 milliards de dollars par an). Le réseau mis sur pied à l'époque est le "Maktab Al Khadamat". Il servira de fondation au nouveau réseau créé, et désormais totalement contrôlé par Ben Laden, la "Qaeda" (ou Quaida). En 1980, il gagne l'Afghanistan, où il restera, avec des séjours au Pakistan (à Peshawar notamment) juqu'en 1992. Il y est chargé jusqu'en en 1989 de la répartition du soutien financier aux diverses factions de la résistance antisoviétique. Il bénéficie toujours alors du soutien total des Américains (Reagan est président, Bush senior est vice-président) et des Saoudiens, notamment par l'intermédiaire du prince Turki Ben Fayçal, frère du roi, chef des services secrets -et lui-même directement lié à la CIA. Parallèlement, Ben Laden met sur pied une filière d'opium à partir de la province de Helmand, contrôlée par la faction de Gulbuddin Hekmatyar. Sous la présidence Reagan, l'appui logistique aux islamistes afghans et aux islamistes arabes qui les rejoignent est toujours assuré par la CIA (dirigée par William Casey) et le Pentagone (Alexander Haig est secrétaire d'Etat à la Défense). Des armes, des fonds, des instructeurs sont envoyés en Afghanistan. Oussama Ben Laden en reçoit une partie, jjsqu'au départ des Soviétiques d'Afghanistan en 1989. LA CRÉATURE ÉCHAPPE Ã SON CRÉATEUR La Guerre du Golfe de 1990, succédant à l'invasion du Koweït par l'Irak, rompt le "front islamique" au sein duquel cohabitaient Saoudiens (et émirs du Golfe) alliés des Américains et fondamentalistes anti-américains : l'engagement de l'Arabie Saoudite dans la coalition anti-irakienne sous contrôle américain a suscité, en retour, une alliance anti-saoudienne entre des forces qui jusque là bénéficiaient du soutien saoudien, et donc, indirectement, américain. A moment du conflit du Golfe, Oussama Ben Laden se trouvait en Arabie Saoudite. Il la quittera en 1991, après y avoir créé un mouvement d'opposition, le Comité Conseil et Réforme.

Il se replie en 1992, après le départ des Soviétiques d'Afghanistan, à Khartoum, avec plusieurs milliers d'hommes, et continue de contrôler le trafic d'opium mis sur pied auparavant, et qui contribue à financer ce qui est déjà son réseau et son "armée privée", et qui ne cessera de se renforcer, grâce à ce trafic, et au groupe financier qu'il constitue. Depuis le Soudan, Ben Ladden approvisionne Hekmatyar en hommes et en armes. La "nébuleuse" Ben Ladden est d'abord une constellation financière, un groupe actif dans la finance, l'automobile, les machines-outils, la chimie, les travaux publics. Par l'intermédiaire de la Banque ACH-CHAMAL (Banque du nord), il contrôle de nombreuses sociétés et plusieurs organisations non-gouvernementales soutenant les mouvements fondamentalistes sunnites partout où ils se développent, les créant là où ils n'existent pas encore. Ben Ladden finance ainsi les mouvements islamistes en Algérie, en Egypte, en Syrie, dans les pays musulmans d'Asie. Sa fortune à l'époque (début des années '90) est estimée à 2 milliards de dollars (env. 3,5 mias de FS, 14 mias FF) En 1994, Oussama Ben Laden est privé de sa nationalité saoudienne. Mais les Saoudiens continuent de financer une partie de ses réseaux, et Ben Laden reste en contacts avec le prince Turki, c'est-à-dire avec les services secrets saoudiens, c'est-à-dire, au moins indirectement, avec la CIA, jusqu'au limogeage de Turki, à l'été 2001 (il a été remplacé par le frère du roi Fahd, Nawaf Ben Abdelaziz, ancien ministre de l'Intérieur. En 1996, Oussama Ben Laden doit quitter le Soudan (sur demande des autorités -islamistes- soudanaises). Il rejoint à nouveau l'Afghanistan. En 1998, sa famille le renie (officiellement du moins). Mais à ce moment là encore, il reste vraisemblablement lié aux services secrets saoudiens (du moins à une partie d'entre eux, et au prince Turki), et son "empire" financier continue à fonctionner, lui permettant de continuer à financer ses groupes armés et à entraîner ses combattants. En Afghanistan, Ben Laden devient le conseiller du chef des talibans, Mohammad Omar, et met ses réseaux (et ses trafics, y compris celui de l'opium) au service des talibans, dont les intérêts financiers sont gérés par une banque soudanaise tenue par le fils d'Oussama Ben Laden. Les Talibans eux-mêmes ont été portée au pouvoir par les services secrets pakistanais (ISI), lesquels ont agi pendant des années en sous-traitants de la CIA dans la région. Dès lors, l'organisation de Ben Laden, AL QUAIDA ("la base"), crée à l'époque où Ben Laden bénéficiait du soutien direct de la CIA et du Pentagone, contrôle une douzaine de camps d'entraînement et est représentée dans une cinquantaine de pays. Elle s'est dotée d'une "filiale" politique, le "Front mondial du djihad contre les juifs et les croisés", qui fédère (ou essaye de fédérer) plusieurs dizaines de groupes armés dans le monde*, dans le cadre d'une organisation très souple dont les éléments seraient très largement autonomes les uns des autres. Cette organisation est directement née du financement et du soutien (y compris de l'entraînement et de l'armement) par la CIA, l'Arabie Saoudite et le Pakistan des 8000 à 10'000 combattants arabes venus rejoindre les Moudjahidines afghans. La CIA aurait à elle seule apporté un soutien de trois à cinq milliards de dollars au "djihad" (antisoviétique, devenu antiaméricain), et l'Arabie Saoudite à peu près autant.

Une partie des "djihadis" convoyés en Afghanistan grâce au soutien américain se sont ensuite établis aux USA. Une partie de ces anciens combattants auraient constitués des cellules dormantes sur territoire américain. Il n'est évidemment pas exclu que ces cellules (ou une partie d'entre elles, ou certains de leurs éléments) aient été activées pour les attentats du 11 septembre, ceux-ci n'ayant pu être commis sans complicitésd actives aux USA. Parallèlement aux réseaux de Ben Laden, les réseaux islamistes directement soutenus par la CIA via les Saoudiens et la Ligue islamique mondiale d'Abdallah Bensalah Al-Obeid continuent cependant de fonctionner. Il semble même que, concuremment à ces réseaux qu'elle suspecte d'être manipulés par les Américains, la France soit entrée dans le jeu et ait soutenu la mise en place de réseaux islamistes qu'elle pourrait elle aussi manipuler, mais par l'intermédiaire des Soudanais (qui lui ont livré Carlos) et du Front national islamique de Ghazi Saâdeddine al Atabany. La France est ainsi fortement suspectée d'avoir directement financé la conférence islamiste internationale de Khartoum, en décembre 1993, et d'avoir utilisé (ou tenté de le faire) l'idéologue soudanais Hassan Tourabi contre les Saoudiens et les Américains -lesquels n'auraient pas été sans responsabilité dans la mise à l'écart de Tourabi à Khartoum. Quant à Ben Laden, responsable d'un attentat en juin 1996 contre des militaires américains à Sahran, en Arabie Saoudite (plusieurs dizaines d'Américains sont tués, il devient "ennemi public numéro 1" des USA dès 1998, après les attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et Daar es Salaam. Ce qui ne l'empêche pas de voyager sans grand problème, y compris à Londres, dans son avion privé...

LA CRÉATURE EST UN MODÈLE DE RÉUSSITE FINANCIÈRE (CAPITALISTE) Le réseau financier d'Oussama Ben Laden continue dans le même temps de se développer. En Europe, à partir de Londres, ses représentants financiers ont investi dans l'électronique, le bâtiment, l'import-export. Il est présent, par des sociétés-écrans, au Pakistan, dans le Golfe et dans les paradis fiscaux et financiers. Il contrôle notamment l'AL-TAQWA BANK, domiciliée à Nassau auprès du NASREDDIN INTERNATIONAL GROUPE HOLDING (NIGH), et qui dispose d'une filiale à Malte (AL-TAQWA MANAGEMENT) et en Suisse, à Lugano. Oussama Ben Laden possède ou contrôle également des entreprises agricoles et de travaux publics au Soudan, des sociétés financières aux îles Caïmans et à Curaçao. Il serait même fournisseur de gomme arabique de plusieurs multinationales américaines, dont Coca-Cola. En mai 2001, lors d'une réunion de l'OCDE consacrée à la lutte contre les "paradis" fiscaux et financiers, le secrétaire américain au Trésor, Paul O'Neill, a annoncé que cette lutte ne correspondait pas "aux priorités financières et économiques" des USA. Elle correspond encore moins aux intérêts d'Oussama Ben Laden. Sur ce terrain aussi, les gouvernants américains ont été les alliés au moins "objectifs" de leur "ennemi numéro 1".

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