Objet:
Michaël Barry critique MSF et Medecins du Monde...
Créé par Mat Jules le 23 Nov 2001
à 14:20:59
1 Message #1 / 1: Date d'envoi : 23 Nov 2001 14:20:59
par Mat Jules
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Aden
Numéro 58, 18/11/2001
http://users.skynet.be/aden-news/
Parce que lhumanitaire nest jamais neutre.
Cest la thèse de Michaël Barry,
spécialiste de l'Asie centrale, chercheur
à l'Institut des études iraniennes
(Paris, la Sorbonne) qui explique comment
lhumanitaire a servi la lutte contre le communisme
en Asie Centrale et
surtout il dévoile la "contribution
objective des humanitaires à la victoire
des Talibans".
Il rappelle le silence de MSF ou encore de Médecins
du Monde quand des intégristes
massacraient atrocement des prisonniers communistes.
Lire en ligne : http://fth-2.farm.fth.net/ny2001/actu/20011106a.html
Son article "Avec les taliban, les Américains
ont engendré le monstre de
Frankenstein " vaut également le détour
: http://www.humanite.presse.fr/journal/2001/2001-03/2001-03-05/2001-03-05-001.html
http://fth-2.farm.fth.net/ny2001/actu/20011106a.html
Depuis l'invasion soviétique, l'Afghanistan
est le creuset de l'humanitaire
moderne, qui n'a jamais été imperméable
à l'engagement politique. L'humanitaire
n'est jamais neutre
Par MICHAEL BARRY
Michael Barry est spécialiste des civilisations
du monde iranien et afghan.
Il a été observateur pour l'Afghanistan
de la Fédération internationale
des droits de l'homme, puis coordinateur des missions
afghanes de Médecins
du monde et enfin consultant pour les Nations unies.
Son ouvrage sur l'histoire
de l'Afghanistan du XVIe siècle à
nos jours, «le Royaume de l'insolence»
(Flammarion 1984), sera réédité
dans une édition refondue en janvier 2002.
Le mardi 6 novembre 2001 Ni MSF, ni MDM n'étaient
politiquement neutres,
voire même indépendants, durant l'occupation
soviétique de Kaboul.
'Afghanistan est devenu en une génération
de guerre le pays le plus parfaitement
malheureux de la planète. Loin des festons
électriques qui égaient, au
crépuscule, les paysages survolés
de tout le reste du monde, les aviateurs
de bombardiers ou ceux qui larguent des paquets
de nourriture s'effarent
pareillement, au-dessus de l'espace afghan, à
surplomber un «trou noir»,
«the black hole that is Afghanistan»
- le mot vient des pilotes américains
eux-mêmes. A la fin de l'hiver dernier, un
journaliste pakistanais achevait
avec une équipe des Nations unies sa visite
du «camp numéro 65 pour personnes
déplacées» dans la ville de
Mazar-i-Sharif, chef-lieu du Nord. Une baraque
militaire aux fenêtres murées: les
familles gisaient à même le sol en
ciment.
Le correspondant, Maysun Malik, nota, ce 27 mai
2001: «Leur peau est d'un
net teint bleu. Je pensai: "J'ai déjà
vu des enfants noirs, blancs, jaunes,
café au lait, mais bleus, jamais"...
Une fois sorti du bâtiment, sous le
soleil, je vis des femmes et des enfants nous scruter,
anxieux. Je compris
qu'ils s'attendaient à une distribution de
nourriture. Ces enfants ne portaient
que de minces cotonnades, sans chaussettes ni chaussures.
A la pleine lumière
du jour, je réalisai que leurs visages étaient
vraiment bleus. Leurs mains,
bleues. Et leurs pieds, bleus. Il soufflait un vent
vif et nous grelottions
tous, y compris le personnel chaudement vêtu
du convoi des Nations unies...
Je demandai à notre interprète afghan
la raison de cette étrange couleur.
Il me regarda, incrédule: "Vous ne voyez
pas combien il fait froid tant
ici qu'à l'intérieur du bâtiment?
Ils ont l'air bleu parce qu'ils ont froid
et rien à manger."» Polémique
autour des largages de nourriture par les
militaires L'hiver qui vient s'annonce pire. La
guerre s'internationalise
en claquemurant les frontières. Six millions
d'Afghans risquent-ils de
mourir de faim, comme l'avancent certaines organisations
humanitaires?
S'il tombe une bonne neige pour interrompre trois
années de sécheresse,
elle barrera les pistes de montagne; s'il choit
des bombes, pas de convois;
mais si le régime des talibans perdure, la
guerre durera autant que lui.
Alors pourquoi pas des largages d'aliments et de
couvertures du haut des
airs - non pas symboliques mais massifs, ciblés,
appropriés, efficaces,
donc assurés par des militaires, fussent-ils
américains ou britanniques?
Les petits paquets ne fournissent guère le
nécessaire, et des bavures comme
le bombardement du 26 octobre sur les entrepôts
de la Croix-Rouge à Kaboul
confirment les craintes les plus graves quant aux
«dommages collatéraux».
Mais c'est l'idée même d'un secours
aérien assuré par l'US Air Force que
contestent les directions de Médecins sans
frontières (MSF), de Médecins
du monde (MDM) ou d'Oxfam. Elles dénoncent,
non pas tant l'aspect pratique
d'une opération encore inadéquate,
que la «confusion des rôles» et
la «manipulation
des thèmes humanitaires» par des forces
armées, dont le but premier reste
de donner la mort: ainsi Jean-Hervé Bradol,
le président de MSF, et Claude
Moncorgé, son équivalent de MDM (Libération
des 9, 11 et 26 octobre). Le
président de MDM revendique, comme principe,
dans les colonnes de Libération
(11 octobre), «une action humanitaire indépendante
et menée pacifiquement.
Sa préoccupation première est la protection
et l'assistance des populations
civiles. A partir de son action, elle dénonce
les atteintes à l'intégrité
ou à la dignité de la personne, faisant
ainsi acte de témoignage». En revanche,
«tuer ou vouloir tuer, même de façon
"chirurgicale', même pour sauver plusieurs
centaines de milliers de personnes, ne saurait être
qualifié d'humanitaire».
Rony Brauman (le Nouvel Observateur du 18 au 24
octobre) souligne un danger
«pratique»: les populations sinistrées
pourraient mettre en doute l'autonomie
des ONG - et celles-ci en péril physique.
«Chaque fois que des forces armées
miment avec leurs moyens l'action humanitaire, elles
exposent un peu plus
les humanitaires indépendants au soupçon.»
Toutefois, devant le besoin
urgent de ces populations interdites d'accès
terrestre, de telles mises
en garde - ou grognes corporatistes? - en ont irrité
plus d'un, dont Bernard
Kouchner, brutalement résumé par Françoise
Giroud (dans le même numéro
du Nouvel Observateur): «Ce que lâchent
les avions ne nourrira pas tout
le monde, mais suffisamment d'Afghans affamés
pour justifier les opérations;
laissez braire les humanitaires qui râlent.»
1979-1989: de Washington
à Bruxelles La crise afghane dure depuis
si longtemps qu'elle ponctue cruellement,
le long des deux décennies écoulées,
toutes les options, attitudes et poses
publiques humanitaires. Pour une grande part, l'actuel
secourisme professionnel
mondial est même né, ou s'est fait
pour la première fois sérieusement
financer,
sur les champs de bataille afghans. Ni MSF, ni MDM,
ni bien d'autres organisations
caritatives européennes (dont beaucoup créées
spécifiquement pour venir
en aide aux populations afghanes), n'étaient
politiquement neutres - voire
même «indépendantes» -
durant l'occupation soviétique de Kaboul
entre 1979
et 1989. L'essentiel de leurs missions clandestines
sur sol afghan était
alors financé par diverses fondations américaines,
relais discrets du gouvernement
de Washington. Les ONG bénéficiaires
de cette manne se réclamaient cependant
à l'époque du «sans-frontiérisme»:
pour franchir en toute illégalité
telle
frontière interdite au nom d'une morale supérieure,
afin de porter témoignage
et de dénoncer une agression - en l'occurrence
celle de l'armée Rouge.
L'aide médicale ou alimentaire fournie en
de telles conditions, en quantité
infime par rapport à l'énormité
des besoins, avait un rôle surtout symbolique.
Un soin prodigué sauvait certes une victime
mais fournissait aussi une
sorte de viatique, passeport ou justification de
voyage, pour mener une
action essentiellement politique dont le but ultime
pouvait, seul, se définir
comme réellement humanitaire: hâter
la fin d'une guerre grâce à la présence
courageuse, gênante pour l'occupant, de témoins
bruyants, auréolés de prestige
international et soutenus par la presse mondiale.
Il importait avant tout
de s'engager, de prendre parti, de témoigner
- contrairement au silence
des «neutres», comme ces chirurgiens
de la Croix-Rouge alors toujours présents
à Kaboul et attentifs à soigner les
blessés des deux côtés. Mais
les ONG
changèrent soudainement d'attitude, lors
du retrait soviétique de Kaboul
en 1989, aussitôt suivi par l'arrivée
massive des agences des Nations unies
au Pakistan voisin pour coordonner (bien prématurément)
la «reconstruction»
afghane. Les Etats-Unis retirèrent brutalement
leur soutien, l'Union européenne
prit le relais du financement des ONG actives en
Afghanistan. Les ONG troquèrent
aussitôt les anciennes priorités politiques
de Washington contre les nouvelles
directives de Bruxelles. Afin de poursuivre leurs
missions, obtenir des
subsides ou survivre, ces organisations se muèrent
de plein gré en humbles
relais locaux de l'ONU et de l'European Community
Humanitarian Office (Echo)
pour choisir désormais de se taire, sur injonction
des bailleurs de fonds:
en pâles imitations de cette Croix-Rouge à
Kaboul, qui, elle au moins,
s'était toujours tue - même face aux
pires massacres. Ceux-ci n'ont pas
manqué. 1989-1992: du côté des
maquisards Entre 1989 et 1992, après le
départ des Soviétiques, un gouvernement
communiste se maintint contre toute
attente à Kaboul. Certes, Moscou continuait
à fournir équipements et argent
à ce régime, mais le retrait de l'armée
Rouge transformait le conflit afghan
en guerre civile entre communistes et moudjahidin,
eux-mêmes, après tout,
soutenus par les Pakistanais et les Saoudiens. Or
les ONG, nullement neutres
même si devenues silencieuses, par leur refus
à ce moment historique précis
de travailler à Kaboul (dont les besoins
médicaux étaient pourtant criants)
tout en perpétuant leur présence dans
les maquis, s'impliquèrent ouvertement
comme partisanes d'un seul côté, en
taisant toutes les atrocités - bien
réelles - dont elles prenaient pourtant connaissance
chez certains maquisards.
Exemple: en mars 1989, 200 soldats communistes afghans
qui se rendirent
de leur plein gré aux combattants du groupe
islamiste de Younos Khalès,
dans la région de Jalalabad, furent atrocement
mutilés, membre par membre,
de leur vivant. Or les équipes de MDM, actives
chez un commandant de ce
groupe (qui a depuis rejoint les talibans), refusèrent
à l'époque de croire,
encore moins de dénoncer, ce massacre: comme
désorientés, aveuglés par
dix années d'anticommunisme. Or il faut être
clair. Ou bien l'on soutient
les droits de l'homme partout ou alors nulle part.
1992-1996: une contribution
à la victoire des talibans Second cercle
des ténèbres: la destruction de
Kaboul par les supplétifs «islamistes»
du Pakistan entre 1992 et 1996.
L'entrée dans Kaboul du chef de guerre tadjik
Massoud, en avril 1992, consterna
les services secrets pakistanais et leurs bailleurs
de fonds saoudiens.
Pour réduire le pays à l'état
de fief dûment décervelé par
une idéologie
nazillonne camouflée en «islam»,
le Pakistan arma contre les Tadjiks du
Nord les groupes «islamistes» des Pashtouns
du Sud, enflamma les haines
ethniques, organisa le siège de Kaboul et
l'arrosage de la capitale afghane
par une pluie de roquettes qui aboutit à
la destruction de la ville à 70
%. Or l'humanitaire international, de l'ONU aux
ONG, non seulement se tut,
mais s'investit lourdement au Pakistan, préférant
accéder au territoire
afghan par les routes pakistanaises (plutôt
que par un Tadjikistan pourtant
désormais indépendant) et accréditant
ainsi - par aveuglement volontaire
mais certainement pas «neutre» - cette
aberrante idée que seuls des Afghans
soumis qui auraient rallié les «islamistes»
soutenus par le Pakistan bénéficieraient,
dans la «paix», d'une assistance occidentale
massive. D'où une contribution
objective des humanitaires à la victoire
des talibans. J'assistai atterré,
comme coordinateur des secours afghans de MDM, à
la véritable déchéance
morale que fut la réunion en 1994 à
Peshawar des ONG convoquées par un
représentant de l'European Community Humanitarian
Office, pour discuter
du financement et de l'aménagement de camps
destinés à accueillir (donc
à attirer) les fuyards du siège de
Kaboul: «Puisque nous ne pouvons pas
franchir les lignes de siège et apporter
de l'aide à cette population de
Kaboul.» Mais pourquoi, demandai-je, ne pas
forcer et dénoncer ces mêmes
lignes militaires au nom du droit international,
et ainsi convoyer nourriture
et médicaments dans la capitale meurtrie,
au lieu de contribuer à la vider?
Réponse du fonctionnaire européen:
«Nous ne dénonçons rien. Nous
ne sommes
pas des politiques mais des humanitaires. Nous nous
taisons, nous plantons
des tentes et creusons des latrines.» Alors,
hasardai-je, pourquoi dénonciez-vous
les communistes? Silence. Cette année-là,
puis en 1995 comme envoyé spécial
de Bernard Kouchner, je réussis à
entrer deux fois dans Kaboul à l'agonie,
avec mes équipes, que je salue ici, chargées
de secours alimentaires et
médicaux en quantités évidemment
dérisoires. Courage? Baroud d'honneur?
Ou fanfaronnade ultime d'humanitaires de la vieille
école? 1996-2001: réduites
au silence Le troisième cercle noir s'enfonce
depuis, en entonnoir, sous
nos yeux. De septembre 1996 à septembre 2001,
le régime des talibans et
ses partenaires «islamistes» transnationaux
ont démantelé systématiquement
toutes les institutions de l'ancien Etat afghan,
pour mieux l'asservir
à Islamabad. Les humanitaires internationaux
présents à Kaboul, c'est indéniable,
ont alors assuré tous les derniers services
sociaux de la capitale en ruine
- des boulangeries et des orphelinats au nettoyage
de la voirie -, tandis
que les dirigeants talibans, narcotrafiquants milliardaires
encadrés d'officiers
pakistanais et des militants professionnels de Ben
Laden, consacraient
leurs colossales ressources financières à
tenter d'écraser les dernières
résistances à leur règne dans
le Nord-Est afghan (en attendant d'envoyer
percuter des candidats au suicide contre le World
Trade Center). Pourtant,
en allant se placer d'eux-mêmes à Kaboul
sous les talibans en situation
volontaire d'otages («il ne faut pas mettre
en danger nos équipes»), les
humanitaires se condamnaient aux protestations tièdes
ou aux plus stériles
négociations de détail, voire au silence
ou, pis, aux «justifications culturelles»,
devant les violations des droits humains les plus
crues. Tel canal creusé,
tel champ déminé au terme de tel accord
local arraché à quelque chef de
tribu du voisinage, n'empêchait pas, bien
au contraire, la dégringolade
visible du pays entier, hâtée par la
sécheresse, au fond de son trou. L'Afghanistan
affamé de 2001 est-il en meilleur état
humanitaire qu'en 1991? La réponse
est cruelle. De toute manière, au printemps
2001, les autorités talibanes
jugèrent le moment venu pour les ONG et l'ONU
de partir. Commencèrent alors
le harcèlement et l'humiliation délibérés
des humanitaires occidentaux
à Kaboul, afin de les contraindre à
un départ «volontaire»: interdiction
aux employées afghanes de travailler pour
les boulangeries gratuites destinées
aux familles les plus pauvres par le Programme alimentaire
mondial des
Nations unies; arrestation pour «murs»
d'une équipe chirurgicale italienne;
incarcération pour «prosélytisme
chrétien» des membres de l'organisation
allemande de constructions d'abris, Shelter Now
(ils sont toujours en prison).
But: chasser ces potentiels témoins, les
remplacer par les services «islamiques»
d'Al-Rashid Trust ou d'Al-Wafa. La guerre a recouvert
cette banqueroute
morale et humanitaire afghane de 1996-2001 d'un
miséricordieux manteau
d'oubli et de poussière sèche, soulevée
par tant de bombes qui ratent leurs
cibles. Et maintenant? Quelles leçons? Pas
d'humanitaire efficace sans
vision politique. L'ignorer, pour un acteur humanitaire,
est l'équivalent
intellectuel de mépriser la botanique pour
un défenseur de l'environnement.
L'impératif catégorique moral reste
d'aider au mieux son prochain: sacerdoce
austère. Politiquement se masquer les yeux
en se drapant dans des attitudes
«neutres» effarouchées, fossiliser
ses procédures par habitude, refuser
de se remettre moralement en question, surtout s'obséder
de son image identitaire
publique sont autant de marques de confusion, de
crise et de décadence.
L'humanitaire n'a jamais été séparé
de la politique. Les fondateurs de
l'humanitaire moderne, le père Las Casas
et sa poignée de dominicains héroïques
dans l'Amérique du XVIe siècle, pour
défendre un droit moral absolu - sauver
les Amérindiens d'un esclavage ouvertement
dénoncé -, choisirent, contre
les colons espagnols, de devenir les alliés
lucides de la Couronne d'Espagne.
Henri Dunant fonda la Croix-Rouge sur les champs
de bataille européens
du XIXe siècle en pleine connaissance de
l'équivalence morale des combattants
d'alors. Mais le trou noir de l'organisation qu'il
créa fut ce refus stupide
de dénoncer Auschwitz quand il le fallait,
par une Croix-Rouge pétrifiée
dans ses procédures et les linéaments
de son image. La crise afghane est
complexe mais les objectifs à viser doivent
être nettement définis, pour
les «humanitaires» comme pour les «politiques»
et les «militaires». Face
à l'abjection morale du régime de
Mollah Omar («trouvez de nouvelles méthodes
de torture si terribles que les cris effraieront
jusqu'aux corbeaux dans
leurs nids» - je cite l'une des directives
de sa police), la «neutralité»
est hors de propos. Il faut, et tout le reste n'est
que bavardage: 1) remplacer
au plus vite le régime mortifère des
talibans par un gouvernement civilisé,
national, pluriethnique, indépendant, donc
libre de toute ingérence pakistanaise,
et dont le but sera de reconstruire, non de détruire,
le pays; 2) s'engager
dans toutes les brèches pour soulager toutes
les souffrances possibles,
avec tous les moyens possibles (aériens ou
autres, militaires ou autres),
mais sans jamais perdre de vue l'objectif numéro
1 - sinon on prolonge
ces souffrances; 3) s'engager à assister
en profondeur et à large échelle
la reconstruction du pays aux côtés
d'un tel gouvernement civilisé, tout
le temps qu'il faudra. Témoins et aiguillons
moraux L'objectif numéro 3
supposera une présence massive à Kaboul
des agences des Nations unies,
avec les ONG par la force des choses réduites
à l'état de supplétifs -
sauf si elles conservent leur franc-parler de témoins,
d'aiguillons moraux,
et ne se laissent plus jamais réduire au
silence. Le bilan des Nations
unies dans la région est inégal, entamé
par une trop longue complaisance
politique envers le Pakistan. Tant pis. L'uvre
de l'UNHCR (Haut Commissariat
pour les réfugiés) et de l'Unicef
dans les camps de réfugiés, les efforts
de l'Unocha (1) pour déminer, les services
du Programme alimentaire mondial
à Kaboul, restent admirables. L'Organisation
des Nations unies pour l'éducation,
la science et la culture (Unesco), en revanche,
par paralysie politique
et manque évident d'intérêt,
face au plus énorme défi moral de
son histoire,
s'est refusée cinq ans durant pendant toute
l'ère des talibans à lever
un doigt pour assister l'éducation des filles
dans un Nord-Est afghan encore
libre («l'Afghanistan est en Asie, et le directeur
général est un Asiatique
(2), alors, vous comprenez, c'est sensible»,
m'a dit la directrice de son
cabinet à la fin de l'hiver 2001). L'Unesco
participera sans doute à la
reconstruction du futur afghan; ce refus passé
demeurera son trou noir.
L'Afghanistan, avec nos manquements respectifs à
tous, demeure notre trou
noir commun. Lucidité signifie «lumière».
Eclairera-t-elle, enfin, l'avenir
de ce pays qui a sombré?. (1) Bureau des
Nations unies pour la coordination
de l'assistance humanitaire en Afghanistan. (2)
Japonais. http://www.humanite.presse.fr/journal/2001/2001-03/2001-03-05/2001-03-05-001.html
05 Mars 2001 - INTERNATIONAL
" Avec les taliban, les Américains ont
engendré le monstre de Frankenstein "
Michaël Barry, spécialiste de l'Asie
centrale, chercheur à l'Institut des
études iraniennes (Paris, la Sorbonne). Il
nous parle de la confrontation
historique entre le Pakistan et l'Afghanistan et
revient sur la stratégie
américaine qui a donné naissance aux
taliban. Entretien.
Que recherche le Pakistan en Afghanistan ?
Michaël Barry. Le Pakistan a toujours conçu
l'Afghanistan comme une menace
géopolitique. En 1947, Kaboul a été
la seule capitale au monde à ne pas
voter l'admission d'Islamabad aux Nations Unies.
Après le départ des Soviétiques
ne voulaient en aucun cas d'un Etat indépendant
appuyé par l'Inde et qui
avait des revendications sur des territoires autrefois
annexés par les
Britanniques et laissés au Pakistan. Il était
essentiel pour Islamabad
que le gouvernement qui prendrait le pouvoir à
Kaboul lui soit complètement
lié et inféodé. De sorte qu'un
Afghanistan post-soviétique ne puisse plus
jamais redevenir une base hostile.
Faut-il imputer au Pakistan les exactions commises
par les milices contre
le femmes ?
Michaël Barry. Pour les Pakistanais, il fallait
éradiquer le nationalisme
afghan et le remplacer par un islamisme capable
de gommer le particularisme
afghan en soumettant le pays à une école
théologique pakistanaise particulièrement
extrémiste. Priver les femmes d'éducation
et les empêcher de travailler
[plus particulièrement d] ns la fonction
publique, où elles étaient fort
nombreuses - NDLR] a eu pour effet rechercher de
provoquer l'effondrement
de l'administration afghane telle qu'elle avait
été mise en place par tous
les régimes successifs de Kaboul depuis 1919.
Déstructurer l'Etat afghan
par des mesures les plus obscurantistes ne fait
que conforter le protectorat
pakistanais. Aujourd'hui, on assiste à la
destruction du patrimoine afghan.
Ce qui correspond aussi à un démantèlement
des structures nationales telles
qu'elles avaient été mises en place
dès le début de ce siècle.
Tous les
gouvernements afghans ont encouragé les fouilles
archéologiques, faisant
d'abord appel à des spécialistes étrangers
puis en formant des archéologues
nationaux. Cette quête du passé avait
justement pour but d'aider à la construction
d'un sentiment national. Détruire le patrimoine
archéologique afghan comme
démanteler l'éducation des filles
répondent à deux buts parallèles
: casser
une conscience nationale et la structure d'un Etat
indépendant pour le
réduire à l'état de colonie
rampante semi-sauvage.
Pourquoi la communauté internationale a-t-elle
laissé faire le Pakistan ?.
Michaël Barry. Il faut remonter à la
révolution iranienne de 1979. Dès
cette
époque, l'Iran est perçue par les
Etats-Unis comme le principal ennemi
des intérêts américains dans
la région, avec l'URSS. Il s'agissait de
conforter
en Afghanistan ceux qui repoussaient les communistes
et l'influence iranienne.
Quoi de mieux que des fanatiques sunnites ? Les
taliban sont aussi férocement
anti-chiistes [le chiisme est la doctr] ne majoritaire
en Iran - NDLR]
qu'anti-marxistes et anti-droits de l'homme.
Le régime iranien avait lancé aux
Etats-Unis deux grands défis : en niant
la légitimité des intérêts
américains dans le Golfe, région vitale
aux
yeux des Américains, et en défiant
le régime saoudien, allié de Washington.
Les Iraniens avaient appelé en 1979 à
un soulèvement contre la famille
royale et avait dénoncé le caractère
faussement islamique du régime de
Riyad. Pour durer, ce dernier a renforcé
son caractère intégriste et favorisé
le développement d'un sunnisme ant-chiite
prenant appui sur la théorie
des Frères musulmans et des wahhabites. Tant
que durait la guerre anti-soviétique
en Afghanistan, Riyad envoyait les plus extrémistes
se battre en Afghanistan,
ce fut le cas de Ben Laden. Et les Américains
s'en accommodaient très bien.
Ils ont encouragé les Pakistanais à
donner carte blanche aux taliban avec
l'appui financier des Saoudiens pour s'emparer de
l'Afghanistan. Mais avec
le retrait soviétique puis la guerre du Golfe,
la guerre afghane a changé
de nature. Les islamistes saoudiens ont été
outrés de voir l'Arabie saoudite
devenir une base américaine. Pour Ben Laden,
c'est un blasphème. En 1998,
Ben Laden organise des attentats anti-américains
en Afrique de l'Est au
moment même ou un an plus tard le nouveau
président iranien Khatami recherche
un rapprochement avec les Etats-Unis. Ce qui signifie
que la stratégie
anti-iranienne en Afghanistan poursuivie par les
Américains à travers les
taliban est devenue caduque.
Les Américains ont engendré un monstre
de Frankenstein qu'ils ont déchaîné
sur le peuple afghan.
N'est-ce pas désormais sur les principaux
alliés des milices, le Pakistan
et l'Arabie saoudite, qu'il faut faire pression
?
Michaël Barry. Les taliban sont complètement
inféodés au Pakistan sur le
plan économique. Même la drogue qu'ils
cultivent est raffinée dans des
laboratoires pakistanais et est exportée
par le Pakistan. Les gouvernement
d'Islamabad et de Riyad sont les seuls capables
d'influencer les taliban.
C'est donc sur ces deux Etats constitués
que la pression internationale
doit s'exercer, puisque les Taliban agissent en
mercenaires idéologiques
de ces régimes.
Vous n'êtes donc pas pour un dialogue direct
avec les milices ?
Michaël Barry. Un dialogue avec les taliban
est je pense un exercice d'auto-humiliation.
Il y a des principes avec lesquels on ne peut pas
transiger. Il faut clairement
leur dire qu'ils ne pourront jamais appartenir à
la communauté internationale
tant que les femmes seront réprimées
comme elles le sont et que les droits
de l'homme seront bafoués.
Entretien réalisé par D. B.
Montrer des exemples d'intelligence et de compassion, combattre la mZchancetZ
et l'injustice.
Pourquoi
Rebelle.net
Vous êtes sur le site perso de georges-antoine strauch. Il me sert
de carte de visite et d'outils de communication d'une utopie d'homme
d'action : soutenir la veuve et l'orphelin, promouvoir la beauté de
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Pour quoi
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revient le plus souvent à donner une prime à la bêtise,
la médiocrité et la méchanceté. Il faut donc
contrebalancer ce travers en plaçant des étais aux endroits
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