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Tournée européenne d'un leader
afghan
Faut-il soutenir le commandant Massoud ?
Reçu le 8 avril par Louis Michel, le leader
afghan Ahmed Shah Massoud est venu mendier l'appui
financier de l'Europe en faveur des forces de
la 'coalition du Nord' opposée aux Talibans.
Le ministre belge des Affaires Etrangères
lui a promis un large
soutien. Est-ce vraiment raisonnable? Mao Ning
L'histoire de l'Afghanistan, ce pays d'Asie centrale
enclavé et convoité par les grandes
puissances
russe, américaine et européenne,
a été marquée
par des conflits incessants.
Quand les Soviétiques se retirent en 1989,
après dix années de guerre, les
groupes armés par les USA s'emparent du
pays. Deux factions émergent. Celle dirigée
par Massoud, allié des Américains,
et celle de Gulbuddine Hekmathiar. Ces deux hommes
ont pourtant un dénominateur commun. Ils
ont été parrainés par Washington
et l'Arabie Saoudite pendant des décennies.
Mais l'amitié qui lie Hekmathiar à
l'Iran embarrasse les USA, qui débutent
alors un plan d'investissement de 450 milliards
de FB
en vue de construire des gazoducs dans la région.
Liaisons dangereuses
Pour se débarrasser de lui, l'administration
Clinton déniche dans ses relations le prince
saoudien Turki Ibn Fayçal, chef des services
secrets de son pays. Celui-ci a chargé,
voilà deux décennies, un milliardaire
du pays d'organiser les convois de volontaires
arabes pour combattre les Soviétiques en
Afghanistan: Oussama Bin Laden
Ce dernier est 'réactivé' et chargé
par les Américains de lever une armée
contre le nouveau pouvoir afghan. De 1994 à
1997, les Etats-Unis vont alors armer les Talibans
via le Pakistan.
A cette époque déjà, le Maison
blanche a pleinement conscience d'avoir affaire
à des fanatiques religieux qui financent
leurs campagnes militaires par la production de
drogue. Mais cela ne semble pas déranger
les diplomates américains, qui relèvent
trois atouts des Talibans.
Primo, les pipelines de la multinationale Unocal
passeraient par le territoire afghan.
Secundo, l'influence locale de l'Iran serait
éclipsée.
Tertio, cela renforcerait le soutien aux mouvements
fondamentalistes et indépendantistes (Chine,
Tchétchénie,
Ouzbékistan et Tadjikistan).
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Pour raffermir leur autorité, les Talibans
se
profilent d'abord comme des religieux rigoristes,
puis jouent la carte des rivalités ethniques.
Issus de la majorité pachtoune, ils n'ont
aucun
mal à diriger les opérations contre
les minorités
religieuses (chiites hazaras) et les minorités
ethniques que sont les ouzbeks et les Tadjiks
du commandant Massoud
En 1998, les Talibans prennent possession des
principales
villes du pays, mais contre toutes les prévisions,
la lune de miel avec les Américains est
rompue. Il s'avère alors que le Pakistan
a fait volte-face.
Le bogue pakistanais
Principal allié des Américains
dans la région, le Pakistan
connaît en effet une crise économique
sans précédent. Or, les Etats-Unis
estiment n'avoir aucune dette à payer au
Pakistan pour ses bons services. Conséquence:
un renversement d'alliance par lequel les généraux
pakistanais retournent les féroces Talibans
contre les intérêts occidentaux.
Cela débouche en août
1999 sur le bombardement de l'Afghanistan par
les Etats-Unis, signe que l'amitié liant
Washington
aux Talibans est révolue. Et en octobre
1999,
le Premier ministre du Pakistan, Mian Nawaz Sharif,
est renversé par ces mêmes généraux
pakistanais,
qui le condamnent à l'exil. Les contrats
des firmes
pétrolières sont rompus, les Occidentaux
indésirables.
Depuis, nous assistons à un spectaculaire
renversement
des alliances. En effet, les Etats-Unis qui ont
contribué au renversement de Massoud et
ses amis,
se remettent à le soutenir. La brutalité
du régime
des Talibans est (enfin) dénoncée.
Mais ce n'est
que pure hypocrisie. Il ne viendrait effectivement
à personne l'idée de dénoncer
le double jeu de
l'impérialisme américain. A aucun
moment, les
médias ne se sont vraiment soucié
du sort de la
population, si ce n'est aujourd'hui et cela parce
que les intérêts de l'Amérique
sont en jeu. Massoud
n'est pas un ange, pas plus que les autres meneurs
dans cette affaire. Soutenir Massoud aujourd'hui,
c'est soutenir les desseins des stratèges
américains
qui n'ont jamais cherché les «droits
de l'Homme»
ou la « démocratie», mais bien
à préserver leurs
intérêts dans la région. Cette
région du monde
n'a été que trop meurtrie par la
guerre. Une attitude
conséquente pour tout un chacun est de
dénoncer
les agissements des USA depuis plus de vingt ans
dans la région.
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