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Bertrand Gallet: Commandant Massoud,
10 ans après le départ des Soviétiques,
l'Afghanistan est toujours en guerre; peut-on
appeler ça une guerre civile comme on le
dit à l'étranger?
Ahmad Shah Massoud: Cette guerre
qui se poursuit en Afghanistan a pour principale
cause les ingérences extérieures,
en particulier celle du Pakistan en raison des
vues stratégiques sur la région.
Cette guerre d'Afghanistan n'est pas uniquement
une guerre civile mais bien le résultat
d'ingérences extérieures.
Philippe Morillon: Commandant,
est-ce que dans ces conditions on peut imaginer
qu'il y ait une solution militaire? Ahmad Shah
Massoud: Nous l'avons dit de nombreuses fois,
et nous l'avons répété, le
problème afghan n'a pas de solution militaire.
Il vaut mieux trouver une solution par la négociation
politique.
Josy Dubié: Commandant,
qu'est-ce qui vous oppose aux Taliban? Autrement
dit, qu'elle est votre conception de l'Islam?
Ahmad Shah Massoud: Le comportement
des Taliban et leur conduite extrémiste
ne correspondent en aucune manière à
un Islam tolérant. Nous avons toujours
été opposés aux tendances
extrémistes de l'Islam et nous le sommes
toujours. Nous n'avons eu de cesse d'insister
pour défendre un Islam de tolérance
profitable à tous les musulmans, pour les
Afghans et pour le monde entier, et nous le défendrons
toujours.
Richard Cazenave: Commandant,
l'Afghanistan est considéré aujourd'hui
comme un état pourvoyeur de drogue, pourvoyeur
de terrorisme aussi. Qu'en pensez-vous?
Ahmad Shah Massoud: Nous sommes
d'accord, malheureusement, de voir que l'Afghanistan
est ainsi après une longue période
de guerre contre l'URSS. La principale raison
de cet état de fait repose, à mon
avis, sur la responsabilité du Pakistan
et des groupes dépendants du Pakistan comme
le groupe de Hekmatyar et les Taliban.
Jean-Michel Boucheron: Et alors,
dans ce cas, très concrètement,
si vous étiez au pouvoir à Kaboul,
que feriez-vous très concrètement
de Monsieur Ben Laden?
Ahmad Shah Massoud: Je vous dis
très clairement que nous ne voulons pas
voir l'Afghanistan devenir une base de terroristes.
Dans l'Afghanistan que nous dirigerons il n'y
a pas de place pour les terroristes et Oussama
Ben Laden.
Jean-Michel Boucheron: Toujours
dans l'optique d'une prise de pouvoir à
Kaboul installeriez-vous la démocratie
et, également, en termes concrets, y aurait-il
des élections, une personne une voix et
accepteriez-vous que les organismes internationaux
viennent pour contrôler le processus électoral?
Ahmad Shah Massoud: Nous avons
toujours insisté sur le fait, c'est notre
profonde conviction, que la seule solution pour
l'Afghanistan est la démocratie par la
voix des élections. Chaque individu doit
avoir une voix. Le jour où nous serons
à Kaboul nous organiserons les élections
sous l'égide des organismes internationaux.
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Richard Cazenave: Toujours dans
cette optique de réalisation d'une démocratie
et de prise de pouvoir, êtes-vous favorable
à l'égalité des droits pour
les femmes? Êtes-vous favorable au fait
qu'elles aient le droit de vote et qu'elles soient
éligibles et auront-elles le droit à
l'éducation?
Ahmad Shah Massoud: Oui. Dans
la démocratie que nous allons instaurer
en Afghanistan les femmes auront le droit de vote,
elles seront éligibles, elles pourront
travailler et étudier.
Josy Dubié: Commandant
Massoud, pour imposer ces réformes, il
faudrait une union nationale. Y-a-t-il, aujourd'hui,
pour gouverner un consensus entre les différentes
ethnies d'Afghanistan?
Ahmad Shah Massoud: Oui. Dans
le travail que nous avons commencé, on
insiste sur les ethnies et non pas sur les partis
politiques qui ont été créés
antérieurement au Pakistan. Actuellement,
le Conseil de Direction, qui se trouve à
la tête de l'Etat Islamique d'Afghanistan,
est constitué de personnes issues d'éthnies
différentes. Nous insistons sur le fait
que toutes les ethnies doivent être prises
en compte; chaque ethnie, selon son importance,
doit être représentée.
Philippe Morillon: La Communauté
internationale participe, à travers le
monde, au règlement de nombreux conflits.
Elle est absente de ce pays. Qu'en attendez-vous?
Ahmad Shah Massoud: Il n'y a pas
de doute à constater que la Communauté
internationale a oublié l'Afghanistan depuis
bien longtemps. Et c'est malheureux! Notre souhait
est de voir la Communauté internationale
s'occuper en priorité de la paix en Afghanistan.
Et cette paix en Afghanistan ne sera possible
qu'à condition que la Communauté
internationale fasse pression pour faire cesser
les ingérences, en particulier celle du
Pakistan. Je suis certain qu'avec un pression
internationale, le Pakistan renoncera à
son ingérence et alors, la paix sera possible
en Afghanistan.
Bertrand Gallet: Commandant, le
système des partis issus de la résistance
est manifestement un échec, l'Afghanistan
aura besoin d'un leader, tous les regards se tournent
vers vous, seriez-vous prêt à assumer
vos responsabilités s'il le fallait?
Ahmad Shah Massoud: Je suis prêt
à servir le peuple d'Afghanistan en particulier
pour instaurer la paix. Je serai disponible pour
assurer toute mission au service de mon peuple.
L'ensemble de cet entretien a
été filmé intégralement
par Christophe de Ponfilly. Pour tout renseignement
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