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Cet article provient de Afgha.net

Interview de Massoud. 10 Juin 2000

A Bazarak, dans la vallée du Panjshir (Afghanistan), le 11 juin 2000, deux députés français (Messieurs Jean-Michel Boucheron et Richard Cazenave), un député européen (le général Philippe Morillon), un sénateur belge (Monsieur Josy Dubié) et Bertrand Gallet ont questionné Ahmad Shah Massoud. Voici leurs questions, voici ses réponses.

Bertrand Gallet: Commandant Massoud, 10 ans après le départ des Soviétiques, l'Afghanistan est toujours en guerre; peut-on appeler ça une guerre civile comme on le dit à l'étranger?

Ahmad Shah Massoud: Cette guerre qui se poursuit en Afghanistan a pour principale cause les ingérences extérieures, en particulier celle du Pakistan en raison des vues stratégiques sur la région. Cette guerre d'Afghanistan n'est pas uniquement une guerre civile mais bien le résultat d'ingérences extérieures.

Philippe Morillon: Commandant, est-ce que dans ces conditions on peut imaginer qu'il y ait une solution militaire? Ahmad Shah Massoud: Nous l'avons dit de nombreuses fois, et nous l'avons répété, le problème afghan n'a pas de solution militaire. Il vaut mieux trouver une solution par la négociation politique.

Josy Dubié: Commandant, qu'est-ce qui vous oppose aux Taliban? Autrement dit, qu'elle est votre conception de l'Islam?

Ahmad Shah Massoud: Le comportement des Taliban et leur conduite extrémiste ne correspondent en aucune manière à un Islam tolérant. Nous avons toujours été opposés aux tendances extrémistes de l'Islam et nous le sommes toujours. Nous n'avons eu de cesse d'insister pour défendre un Islam de tolérance profitable à tous les musulmans, pour les Afghans et pour le monde entier, et nous le défendrons toujours.

Richard Cazenave: Commandant, l'Afghanistan est considéré aujourd'hui comme un état pourvoyeur de drogue, pourvoyeur de terrorisme aussi. Qu'en pensez-vous?

Ahmad Shah Massoud: Nous sommes d'accord, malheureusement, de voir que l'Afghanistan est ainsi après une longue période de guerre contre l'URSS. La principale raison de cet état de fait repose, à mon avis, sur la responsabilité du Pakistan et des groupes dépendants du Pakistan comme le groupe de Hekmatyar et les Taliban.

Jean-Michel Boucheron: Et alors, dans ce cas, très concrètement, si vous étiez au pouvoir à Kaboul, que feriez-vous très concrètement de Monsieur Ben Laden?

Ahmad Shah Massoud: Je vous dis très clairement que nous ne voulons pas voir l'Afghanistan devenir une base de terroristes. Dans l'Afghanistan que nous dirigerons il n'y a pas de place pour les terroristes et Oussama Ben Laden.

Jean-Michel Boucheron: Toujours dans l'optique d'une prise de pouvoir à Kaboul installeriez-vous la démocratie et, également, en termes concrets, y aurait-il des élections, une personne une voix et accepteriez-vous que les organismes internationaux viennent pour contrôler le processus électoral?

Ahmad Shah Massoud: Nous avons toujours insisté sur le fait, c'est notre profonde conviction, que la seule solution pour l'Afghanistan est la démocratie par la voix des élections. Chaque individu doit avoir une voix. Le jour où nous serons à Kaboul nous organiserons les élections sous l'égide des organismes internationaux.

Richard Cazenave: Toujours dans cette optique de réalisation d'une démocratie et de prise de pouvoir, êtes-vous favorable à l'égalité des droits pour les femmes? Êtes-vous favorable au fait qu'elles aient le droit de vote et qu'elles soient éligibles et auront-elles le droit à l'éducation?

Ahmad Shah Massoud: Oui. Dans la démocratie que nous allons instaurer en Afghanistan les femmes auront le droit de vote, elles seront éligibles, elles pourront travailler et étudier.

Josy Dubié: Commandant Massoud, pour imposer ces réformes, il faudrait une union nationale. Y-a-t-il, aujourd'hui, pour gouverner un consensus entre les différentes ethnies d'Afghanistan?

Ahmad Shah Massoud: Oui. Dans le travail que nous avons commencé, on insiste sur les ethnies et non pas sur les partis politiques qui ont été créés antérieurement au Pakistan. Actuellement, le Conseil de Direction, qui se trouve à la tête de l'Etat Islamique d'Afghanistan, est constitué de personnes issues d'éthnies différentes. Nous insistons sur le fait que toutes les ethnies doivent être prises en compte; chaque ethnie, selon son importance, doit être représentée.

Philippe Morillon: La Communauté internationale participe, à travers le monde, au règlement de nombreux conflits. Elle est absente de ce pays. Qu'en attendez-vous?

Ahmad Shah Massoud: Il n'y a pas de doute à constater que la Communauté internationale a oublié l'Afghanistan depuis bien longtemps. Et c'est malheureux! Notre souhait est de voir la Communauté internationale s'occuper en priorité de la paix en Afghanistan. Et cette paix en Afghanistan ne sera possible qu'à condition que la Communauté internationale fasse pression pour faire cesser les ingérences, en particulier celle du Pakistan. Je suis certain qu'avec un pression internationale, le Pakistan renoncera à son ingérence et alors, la paix sera possible en Afghanistan.

Bertrand Gallet: Commandant, le système des partis issus de la résistance est manifestement un échec, l'Afghanistan aura besoin d'un leader, tous les regards se tournent vers vous, seriez-vous prêt à assumer vos responsabilités s'il le fallait?

Ahmad Shah Massoud: Je suis prêt à servir le peuple d'Afghanistan en particulier pour instaurer la paix. Je serai disponible pour assurer toute mission au service de mon peuple.

 

L'ensemble de cet entretien a été filmé intégralement par Christophe de Ponfilly. Pour tout renseignement contacter INTERSCOOP 3, rue Rollin 75005 PARIS Tél. 01 40 46 92 92
   
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