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Mathias Goldstein
Webmaster Infonucléaire (http://membres.lycos.fr/mat66)
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Ex-URSS, Yuri Bandazhevsky le prisonnier politique
de Tchernobyl est en train de mourir
Le 18 juin 2001 le Pr. Yuri Bandazhevsky a été
condamné à 8 ans de réclusion
à régime sévère. En
prison il est soumis à des
pressions psychologiques énormes pour "avouer"
des méfaits qu'il n'a pas commis. Sa vie
mentale et physique est en danger
et il faut réagir sans tarder. Et obtenir
l'amnistie individuelle pour Youri Bandajevsky en
écrivant à Chichi... pardon au Président
de la République française, Monsieur
Jacques Chirac et au dictateur Belarus... pardon
à Monsieur le Président Loukachenko
pour qu'il accorde l'amnistie individuelle au Professeur
Bandajevsky (voir modèle de lettre sur:
http://membres.lycos.fr/mat66/cata_banda_web.html#ancre313947).Rappel
Le Pr. Bandajevsky, recteur de l'Institut de médecine
de Gomel avait été arrêté
en juillet 1999 sur une accusation de soi-disant
pots de vin qu'il aurait reçus pour favoriser
l'inscription d'étudiants à l'institut
qu 'il dirigeait. Démis de ses fonctions
il a été
maintenu en prison dans des conditions très
sévères (isolement, maladie) pendant
plus de 5 mois et libéré fin décembre
1999,
en attente de son procès grâce à
une rapide réaction internationale. Il avait
été déclaré comme "prisonnier
de conscience
potentiel" par Amnesty International. Pendant
un an il a été astreint d'abord à
rester à Minsk puis en Belarus (il n'a pas
pu venir à
Paris recevoir le prix que lui a décerné
l'association internationale des médecins
pour la prévention des guerres nucléaires).
Grâce au Pr. Nesterenko qui dirige l'institut
indépendant BELRAD il a pu continuer ses
travaux et rédiger des monographies
extrêmement importantes sur l'effet sur l'organisme
de la contamination interne par le césium
137 chez les enfants, en
particulier sur le système cardiovasculaire.
Son procès qui a débuté en
février 2001 au tribunal militaire de Gomel
a montré les faiblesses de l'accusation.
Or le 18 juin
2001 le verdict est tombé et depuis plus
d'un an le prisonnier de conscience Youri Bandajevsky
est en prison dans des
conditions épouvantables. On a cru pendant
quelques jours que sa situation s'était améliorée
or en réalité tout laisse à
penser
que ce sont les méthodes éprouvées
du KGB de l'ex-URSS qui lui sont appliquées,
pressions psychologiques de toutes sortes
visant à détruire sa personnalité.
Les pressions s'atténuent quand les protestations
internationale s'amplifient. Il faut que cesse
au plus vite ce jeu terrible du pouvoir qui menace
la vie physique et mentale de Youri Bandajevsky.
Il faut que la mobilisation
s'amplifie pour que le président Alexandre
Loukachenko lui accorde une amnistie individuelle.
Loukachenko a le pouvoir de le
faire, il faut que la protestation l'oblige à
le faire. Rappelons que les travaux du Pr Bandajevsky
ont montré le rôle nocif du césium
137 dans la dégradation de la santé
des enfants des zones contaminées du Bélarus.
Entre autres pathologies, il a montré
qu'une charge corporelle en césium 137, même
relativement faible avec les critères habituels
utilisés en radioprotection, peut
conduire à des dysfonctionnements importants
du système cardiovasculaire des enfants.
(Lorsque les troubles ne sont pas
devenus chroniques l'état cardiovasculaire
peut être amélioré avec disparition
des troubles par l'ingestion d'un absorbant à
base de pectine élaboré par l'Institut
Belrad et qui permet d'éliminer du césium
137. Mais pour certains enfants il s'agit d'une
pathologie irréversible, comme s'ils étaient
atteints d'un vieillissement prématuré).
C'est bien parce que le Pr. Bandajevsky est "gênant"
pour les autorités de radioprotection non
seulement du Bélarus mais de
chez nous et des autres pays nucléarisés
qu'il est ainsi attaqué et qu'il risque sa
santé et sa vie. L'emprisonnement de
Bandajevsky est un coup terrible, non seulement
pour lui et sa famille, mais pour tous ceux qui
veulent connaître les
conséquences réelles de la catastrophe
de Tchernobyl sur la santé des enfants vivant
au Bélarus dans les zones contaminées
par les radionucléides.
N'oublions pas qu'un accident nucléaire grave
est possible partout et aussi chez nous!
L'hebdomadaire russe "Arguments et Faits",
diffusé en 3 millions d'exemplaires sur
le territoire de la Communauté des Etats
Indépendants, publie cet article sur le
scientifique biélorusse emprisonné.
"Argumenty i Facty"
N°40 (1093). - Octobre 2001
TOP SECRET
MUTATIONS
A défaut de pouvoir emporter sa tête
pleine d'idées dangereuses, les hommes
en civil venus perquisitionner chez le professeur
Bandazhevsky ont confisqué son ordinateur.
Le chercheur s'installe derrière sa machine
à écrire et se met au travail. Il
sait qu'il sera arrêté d'ici peu
et se hâte de rédiger son
nouveau livre "Le développement du
f³tus", le dernier de ses essais consacrés
aux radiopathologies. Une large part des
données dont il a besoin est restée
dans l'ordinateur mais il a sa mémoire
pour le dépanner. La veille du procès
le manuscrit
est terminé. Sera-t-il jamais publié?
Après la catastrophe de Tchernobyl Youri
Bandazhevsky, docteur en médecine et professeur
à 33 ans, vient s'établir à
Gomel
pour y prendre la tête de l'Institut de
médecine qu'on vient de créer pour
former des médecins à partir des
habitants de cette
zone contaminée : il n'y a pas de volontaires
pour venir faire des études de médecine
dans cette région radioactive.
Bandazhevsky regarde ses étudiants avec
les yeux d'un médecin. L'électrocardiogramme
de la quasi totalité des étudiants
présente des altérations. Quatre
ans plus tard la situation ne fait qu'empirer.
Pourquoi ces jeunes sont-ils frappés d'infarctus?
Serait-ce à cause du césium accumulé
dans leur c³ur? Pourtant on affirme que le radiocésium
s'accumule uniformément dans
tous les tissus? Secondé de ses collègues,
il va chercher la réponse à cette
question à la morgue : 285 autopsies. Les
altérations pathologiques des poumons,
des reins, du foie, du c³ur des morts se révèlent
identiques à celles observées chez
les animaux servant de cobaye et nourris de grains
radioactifs. Les mesures montrent que pour une
moyenne de 100 Bq/kg de
radionucléides incorporés dans l'organisme,
il y en a 1000 dans le c³ur, 3000 dans les reinsÝ
Pas de doute, l'incorporation
est différenciée!
Tchernobyl, ce n'est pas Hiroshima
Les enfants incorporent bien plus de radionucléides
que les adultes: moindre poids du corps, métabolisme
plus rapide. Il faut
donc examiner en premier lieu les enfants. Et
pour cela, se rendre sur place, dans les villes
et villages. Comment faire si l'Etat
ne donne pas un sou? Alors le professeur, accompagné
de sa femme Galina et de ses étudiants,
se met lui-même à sillonner
la Biélorussie. En 9 ans ils ont examiné
plusieurs milliers de garçons et de filles.
La plupart des enfants avaient accumulés
50
Bq/kg et plus (seuil au-delà duquel les
altérations pathologiques des organes vitaux
commencent). Certains en avaient jusqu'à
500 ou même 800. 80% de ces enfants souffraient
de troubles cardiaques. Au niveau des cellules
le potassium est évincé par
le césium radioactif, ce qui perturbe le
rythme du muscle cardiaque. Pourtant on n'a jamais
observé ce phénomène chez
les
victimes d'Hiroshima. Pourquoi? La population
d'Hiroshima a subi une forte irradiation ponctuelle
qui a tué un grand nombre de
gens mais cette population n'a pas dû ensuite
se nourrir de manière chronique d'aliments
contaminés comme celle du Belarus,
pays pauvre couvert de retombées radioactives.
Le professeur savait qu'il allait d'un moment
à l'autre passer sous le rouleau compresseur
de l'Etat mais au lieu de se ronger
les freins, il se mit à élever des
hamsters. Dès que la femelle tombait enceinte,
il lui inoculait 100 Bq de césium. 59%
des petits
naissaient avec des malformations! Aujourd'hui
2500 enfants naissent annuellement au Belarus
avec des malformations
génétiques: becs de lièvre,
malformations des os, 6 doigts au lieu de 5, anomalies
des organes internes, anencéphalies
(absence du cerveau), absence ou développement
retardé des membres. L'examen à
Gomel d'une centaine d'adolescentes fit
l'effet d'un choc: il s'avéra que les cellules
génitales féminines étaient
évincées par des cellules masculines!
Huit livres ~ huit ans de prison
En poursuivant ses recherches en radiopathologie,
Bandazhevsky ne pensait pas faire peur à
la société. Ses recherches
pouvaient-elles effrayer davantage que la blouse
blanche du médecin? Pour protéger
la nation et son avenir il fallait coûte
que
coûte protéger les enfants en éliminant
les radionucléides de leur organisme à
l'aide d'adsorbants comme la pectine, il fallait
évacuer les femmes enceintes et les enfants
de moins de 3 ans des zones contaminées
vers des régions propresÝ Il fallait
faire tout ce qui était économiquement
possible par des moyens simples et abordables.
Cet été le tribunal militaire de
la Cour Suprême de la République
du Belarus a condamné Bandazhevsky, accusé
soi-disant de
corruption, à 8 ans de détention.
Le procureur qui réclamait 9 ans de prison
a ajouté par erreur (ou a trahi une intention?)
qu'après sa libération le savant
ne serait pas autorisé à poursuivre
ses activités scientifiques pendant 5 ans.
L'auteur de la dénonciation qui a déclenché
la poursuite a repris son travail à l'institut.
Le nouveau recteur a mis un point final
aux recherches en radiopathologie. Quant à
Bandazhevsky, il a occupé sa place à
la colonie à régime renforcé
de Minsk.
Liudmila PROCHAK
Gomel.
Lettre de Wladimir Tchertkoff, le Pr. Youri Bandajevsky
emprisonné à Minsk, est en train
de mourir
Le 7 novembre 2002
J'ai parlé hier soir avec Galina Bandajevskaya
(l'épouse de Youri Bandazhevsky).
Le 4 novembre dernier il y a eu la visite longue
de 3 jours en prison. Cette fois une chambre plus
grande a été mise à
disposition, pour accueillir toute la famille,
sur trois couchettes. La mère de Youri
est restée 3 jours, les deux fille, Olga
et
Natalia, sont restées 2 jours, Galina a
parlé intensément avec Youri pendant
2 heures et a laissé la place aux autres
(le
règlement prescrit 3 visiteurs au maximum
: le directeur de la prison a concédé
exceptionnellement 2 heures à Galina).
Malgré la joie initiale qu'elle a éprouvée,
en voyant le bonheur de Youri, quand il les a
vues toutes les trois arriver vers lui, Galina
ne s'est pas encore remise du sentiment opprimant
que cette rencontre lui a laissé. Elle
voit que cet homme jeune et
dynamique est en train de s'éteindre. "Il
est difficile de transmettre avec des mots, me
dit-elle, comment il est changé en si peu
de temps. C'est un homme malade. Il est très
faible, il n'a plus aucune énergie. A la
fin de la conversation de 2 heures il était
tout en sueur et avait besoin de se coucher, car
les forces lui manquaient. Le mal de tête
est constant; la douleur au coeur est
une habitude; l'appétit l'a complètement
abandonné, il se force de manger et en
réalité ne mange presque pas. La
dépression
ne le quitte pas. Il a tout le temps peur de l'assassin
qui dort dans sa cellule et le surveille."
La pression qu'on exerce sur Bandajevsky est toujours
très forte. Il a dit à sa femme
que ses geoliers ont obtenu qu'il signe "un
mauvais papier" : une déclaration
comme quoi il ne veut plus rencontrer personne
en dehors de la famille, pas de défenseurs
des Droits de l'Homme, pas de représentants
d'ONG, pas d'hommes politiques. Par contre, le
fameux Konopliov continue à le
visiter fréquemment, sans s'annoncer, et
réussit à lui faire croire qu'il
est sincèrement désireux de l'aider,
mais que "son pouvoir
n'est pas illimité".
L'élément positif de la rencontre
de lundi dernier est qu'au bout de longs mois
de silence et d'incompréhension, le père
et les
deux filles se sont pleinement et profondément
retrouvés (voir les précédentes
"Nouvelles de prison"). Les filles sont
rentrées
rassurées de ne pas avoir perdu l'affection
de leur père. Mais ils se sont retrouvés
dans la crainte, la douleur et la tristesse. Car
c'est un père méconnaissable, mourant,
qu'elles ont retrouvé. Galina continue
à ne pas comprendre ce qui le mine à
ce point.
Elle lui a demandé : "que veux-tu
transmettre à tes amis étrangers?"
- "Qu'ils obtiennent une expertise médicale
indépendante
de mon état de santé. Je suis médecin,
je connais notre monde, les notres ne diront que
ce qu'on leur dira de dire." - "Mais
les
laissera-t-on venir t'examiner?" - "Je
ne sais pas...".
Galina ne sait plus quoi faire. Sentiment d'impuissance
et quasi-dépression. Pression artérielle
à 180. Je lui ai rappelé la
situation dans laquelle elle s'était trouvée
quand, après les premiers 22 jours d'enfermement
total de Youri , elle l'a apercu un
bref instant à travers les grilles dans
la cour de la prison, avant qu'on ne l'emmène,
amaigri de 20 kg., chancelant, vers une
destination inconnue. Interrogée, la prison
de Gomel vers laquelle il était transféré
ne l'avait pas vu arriver. Tout le monde les
avait abandonnés et elle avait craint pour
sa vie. Conseillée par le professeur Nesterenko,
elle avait envoyé un télégramme
au
Président Loukachenko pour lui dire sa
crainte et lui demander de retrouver son mari.
On le retrouva dans un cachot de Moguilev
(à 300 km de Minsk et de Gomel), presque
mourant, et il fut transféré dans
l'hopital du Ministère de l'Intérieur
de Minsk. Hier, j'ai
dit à Galina que le tableau qu'elle trace
de l'état de santé du professeur
Bandajevsky est aussi grave qu'alors, sinon pire
à
cause de ce progressif et constant dépérissement
"dans la normalité de la prison",
et qu'il faut mettre un terme à cette situation
en placant les autorités, formellement
et par écrit, devant leurs responsabilités.
Je lui ai dit d'écrire au "gentil"
Konopliov pour
une rencontre urgente, comme femme du prisonnier
et comme médecin, car la situation demande
une intervention immédiate
pour ne pas devenir irréversible. Ils sont
en train de détruire un scientifique de
grande valeur pour leur pays. Je lui ai dit d'écrire
la même chose au Président Loukachenko.
Ces lettres doivent etre transmises à Sergei
Kovalev, qui présidera le 24 novembre
prochain la réunion de la sous-commission
du Conseil de l'Europe sur les disparus au Bélarus.
L'adjoint de Kovalev, Valentin
Mikhailovitch GEFTOR a rencontré Galina.
Il est directeur du "Comité de défense
des droits des scientifiques" de Moscou et
veillera, a-t-il dit, à ce que la cause
de Bandajevsky soit discutée. Il propose
que son Comité et le Comité des
Droits de l'Homme
de l'APCE s'adressent par écrit au Président
Loukachenko en lui demandant de modifier les conditions
de détention du
scientifique, pour lui permettre de travailler
vraiment et en bonne santé dans son domaine.
J'ai interrogé également l'avocat
Garri Pogoniailo, vice-président du Groupe
Helsinki de Minsk, au sujet de la controverse,
s'il est
correct ou pas de demander à Loukachenko
une "amnistie individuelle" pour Bandajevsky,
vu que l'amnistie est un acte du
pouvoir législatif. Il m'a répnodu
qu'il faut connaitre leur pays et leur Président
pour savoir que Loukachenko, qui a créé
un
Parlement à sa botte, exerce également
le pouvoir législatif et ne s'en cache
pas. Il agit par décrets et c'est lui qui
décide en
dernière instance des amnisties. Il convoque
le Président de la Cour Suprème
du Belarus, Soukalo, et lui dit ce qu'il doit
faire...
et ne s'en cache pas, s'en vante en télévision.
Il a libéré un espion italien condamné
par un tribunal à 4 ans de prison (il ne
s'agissait pas de "grâce", mais
d'amnistie individuelle), ce qui fut considéré
comme un geste humanitaire. M. Chirac devrait
demander au collègue Loukachenko de faire
ce geste humanitaire envers le professeur Bandajevsky,
geste qui serait apprécié.
Je transmets ces informations pour que ceux qui
peuvent agir, agissent.
Bien amicalement
Wladimir TchertkoffP.S. Galina était passée
dans les douches proches du lieu de la rencontre.
Il y avait là un rat de 1 kg, tranquillement
assis. Il y a
des détenus malades de tuberculose dans
cette prison. Elle a demandé à son
mari s'il toussait. Non, il ne tousse pas. Pour
le
moment...Le dossier Infonucléaire sur le
prisonnier politique de Tchernobyl: http://membres.lycos.fr/mat66/cata_banda_web.html
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