Lettre ouverte aux soldats qui participent à
l'occupation de l'Irak,
par Guy Grossman et James Skelly |
Sachez, qui plus est,
qu'un nombre considérable d'Hommes de Loi
pensent que l'invasion de l'Irak était illégale
par rapport à la
législation internationale et théoriquement,
du moins, les leaders
des États-Unis et de la Grande Bretagne pourraient
être accusés de
crimes de guerre à l'avenir. Bien que cela
soit peu probable, étant
donné le pouvoir qu'ils détiennent,
dans le cas où le nombre
grandissant de victimes innocentes deviendrait un
problème politique
pour eux, soyez sûrs que vous, ou quelques-uns
de vos camarades,
serez accusés de ce que l'on définira
alors comme crimes. Cela peut
ou pas arriver en ce qui concerne la mort des policiers
à Falluja ;
nous pensons néanmoins que cela arrivera
bientôt suite à un autre
incident malheureux.
Philip Caputo, l'auteur de Rumor of War ( "Rumeur
de Guerre" ) qui
parle de son expérience en tant qu'adjudant,
a été inculpé du meurtre
de deux civils commis par l'Unité sous son
commandement pendant sa
période de service au Vietnam. L'armée
voulait le juger comme
criminel ordinaire - comme meurtrier- les victimes
civiles ne
pouvaient pas apparaître comme la conséquence
inévitable de cette
guerre car cela aurait révélé
trop de choses. Caputo a fini par
comprendre que la vérité ne pouvait
être dite pour éviter que trop de
questions d'ordre moral ne soient posées
notamment "la question
portant sur la moralité de l'intervention
américaine au Vietnam."
Comme avec cette guerre-là, vous devez comprendre
que pour toute
action que vous entreprenez pendant votre période
de service et qui
peut être politiquement compromettante pour
le gouvernement
Américain, vous retombera dessus parce que
la moralité de ce que fait
le gouvernement en envahissant et en occupant l'Irak
ne peut être
remis en question. Autrement dit, gare à
vous !
Si jamais vos doutes d'ordre moral deviennent si
forts que vous
réalisez que votre propre humanité
est en péril, comme chacun de nous
le savait par rapport au Vietnam d'un part et l'occupation
par Israël
des territoires palestiniens d'autre part, nous
vous exhortons à
prendre en considération le refus des ordres
que vous ne pouvez en
toute conscience plus exécuter. L'un de nous
a refusé de servir dans les territoires occupés par Israël car
il savait qu'il ne pouvait
plus exécuter les ordres ilitaires n'ayant
que peu de rapport avec
la sécurité de son pays. Il ne pouvait
plus justifier l'usage d'une
force militaire indiscriminée au nom d'une
politique injuste quoique
bien déguisée. Il ne tolérait
pas que son pays l'utilise comme le
moyen de servir une cause injuste. Il ne pouvait
plus vivre avec les
conséquences de ses actes.
Vous savez sans doute en tant que soldats Américains
que le Code de
la Justice Militaire vous oblige à n'obéir
qu'aux "ordres légaux" de
vos supérieurs militaires. Par conséquent,
il est de votre droit
légal de refuser des "ordres illégaux"
- ces dispositions ont été écrites
dans ce code pour que les soldats ne puissent pas
échapper à
la responsabilité des crimes de guerre en
disant qu'ils ne faisaient "qu' à
obéir aux ordres", comme les soldats
Allemands faisaient après
la deuxième Guerre Mondiale. Vous pouvez
aussi faire une demande de
dispensation en tant qu'objecteur de conscience.
L'un de nous a
refusé d'obéir aux ordres en demandant
à être dispensé comme
objecteur de conscience et lorsque le Pentagone
a refusé sa demande,
il a fait un procès au Ministre de la Défense
au niveau fédéral parce
qu'il était retenu de façon illégale
par l'armée Américaine.
Au cas où vous auriez des doutes sur la légalité
de certaines actions
militaires ou sur la façon dont est menée
l'occupation en général,
vous avez aussi d'autres alternatives. À
la suite de l'analyse de
Telford Taylor, avocat en chef au tribunal de Nuremberg
pour les
crimes de guerre après la deuxième
Guerre Mondiale et selon laquelle
les membres des chefs d'état-major pourraient
être poursuivis pour
crimes de guerre au Vietnam, l'un de nous ainsi
que d'autres jeunes
officiers, a demandé que le Ministre de la
défense convoque un
tribunal militaire d'inquisition afin de déterminer
si les Chefs
d'état-major peuvent être inculpés
pour crimes de guerre. Nous avons
demandé cela en vue de l'article 135 du Code
de la Justice Militaire.
L'article 135 fournit un cadre légal qui
permet à ceux qui sont
soumis à la justice militaire de faire faire
des enquêtes formelles
et de faire des procès à d'autres
militaires qu'ils soupçonnent
d'avoir violé le Code. Vos supérieurs
hiérarchiques n'aimeront pas
cela, loin de là, mais c' est parfaitement
légal et cela évitera que
leur comportement descende davantage dans l'abîme
moral qu'est devenu
l'Irak.
Enfin, nous vous exhortons à reconnaître
que vous n'êtes pas tous
seuls à faire face à des dilemmes
d'ordre moral. Chacun de nous est
confronté à des questions morales
en tant qu'individu. Mais très vite
nous nous sommes rendus compte que beaucoup de nos
camarades avaient
des doutes semblables aux nôtres par rapport
à ce que l'on nous
obligeait à faire. Nous étions tous
les deux impliqués à part égale
dans la formation d'organisations de personnel militaire
qui
s'opposaient à la politique de nos gouvernements
respectifs. Bien que
l'opposition au sein du personnel militaire Américain
ait joué un
grand rôle pour mettre fin à la guerre
du Vietnam, on ne sait pas
encore si le Courage de Refuser aidera à
mettre fin à l'occupation
des territoires palestiniens par Israël ; ces
efforts aident
certainement à mettre en lumière les
problèmes politiques et moraux.
À
un niveau personnel, dire honnêtement ce que
nous avons vu en tant
qu'humains nous a aidé à préserver
notre humanité dans des
circonstances faites pour la nier. Quoique vous
fassiez, essayer de
maintenir un degré de civilité avec
vos potes et vos officiers
supérieurs. Ils sont concernés, eux
aussi. Il y a des procédures à suivre lorsque vous voulez exprimer des soucis d'ordre
moral ; vos
camarades les suivront aussi s'ils sont des soldats
professionnels.
S'ils agissent de façon non-rofessionnelle
en vous maltraitant
verbalement ou physiquement, sachez que c'est probablement
le
résultat de leurs propres anxiétés
vis-à-vis des dilemmes d'ordre
moral que les leaders politiques les ont obligés
à confronter aussi.
Nous espérons que vous pourrez faire face
à ces dilemmes clairement
et avec le soutien de vos camarades aussi nombreux
et aussi courageux
que vous. Quand bien même nous ne serions
pas d'accord avec vous,
vous déciderez peut-être que la bonne
voie morale à suivre serait de
continuer à participer à l'occupation.
Quoi que vous décidiez, notre
ardent désir est que vos actions soient décidées
à la lumière
éclatante
de l'illumination morale et de la compréhension
politique.
Nous espérons également que vous rentrerez
à la maison avec votre
humanité intacte plutôt que diminuée. |
Notes biographiques :
Guy Grossman est étudiant, diplômé
de Philosophie à l'université de
Tel Aviv. Il a servi en tant que Second Lieutenant
dans les forces
reservistes Israéliennes. Il était
l'un des fondateurs de "Le Courage
de Refuser", groupe qui maintenant rassemble
plus de 500 soldats qui
refusent de servir dans les territoires occupés
Palestiniens pour
raison de conscience.
James Skelly est professeur invité au "Baker
Institute for Peace and Conflict Studies" de l'Institut Juniata, et
coordinateur académique
pour les études de Paix et de Justice au
"Brethren Colleges Abroad".
Lorsqu'il était lieutenant dans la Marine
Américaine, il a fait un
procès en cour fédérale au
Ministre de la Défense Melvin Laird,
plutôt que d'obéir à l'ordre
d'aller au Vietnam. Il était un
fondateur sur la côte ouest des Etats-Unis
du mouvement "The
Concerned Officers et le Concerned Military".
Traduction bénévole du rezo des Humains
Associés. Equipe
collaborative : RI et PR, NQS.Français http://paxhumana.info/article.php3?id_article=320
English http://paxhumana.info/article.php3?id_article=321
Deutsch http://paxhumana.info/article.php3?id_article=322 |
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Nous écrivons cette lettre, car nous avons
tous deux été des officiers militaires dans des conflits où,
d'un point de vue moral on
a touché le fond et dont nous sommes sortis
en nous battant pour
garder notre humanité intacte. Nous connaissons
les crises de
conscience que quelques-uns d'entre vous ont commencé
à affronter.
Ceux qui sont maintenant en Irak commencent peut-être
à se poser des
questions sur l'objet de la guerre, l'occupation
qui s'en est suivie
et pourquoi autant d'Irakiens souhaiteraient vous
voir partir le plus
tôt possible.
Il va de soi que beaucoup d'entre vous se sont retrouvés
dans des
situations qui risquent de vous hanter pour le restant
de vos jours.
Vous ne pensiez sûrement pas un jour tuer
des civils Irakiens comme
vous le faites systématiquement maintenant
à cause des difficultés
que vous affrontez dans une occupation planifiée
de façon si
pitoyable par vos supérieurs. Nous comprenons
la difficulté de
distinguer entre un ami et un ennemi dans des situations
tendues
comme celles qui ont entraîné des morts
et des blessés parmi les
policiers près de Falluja au début
du mois.
Vous devez ressentir de la rage face à la
mort pparemment vaine de
vos camarades et devant votre incapacité
à discerner les ennemis
parmi les civils que vous êtes venus libérer.
Nous sommes sûrs qu'il
arrive de temps à autre à quelques-uns
d'entre vous, d'avoir envie de
vous venger de la mort de vos camarades.
Nous vous exhortons d'abandonner ces idées-là,
car la vie des
innocents sera davantage mise en péril et
votre humanité même sera
menacée. Les leaders politiques qui pensent
qu'un certain nombre de
victimes parmi vous est acceptable, et encore davantage
pour les
civils Irakiens, vous ont mis dans des conditions
infernales.
Rappelez vous au fond que c'est eux qui sont responsables
de vous
avoir mis dans ces situations que vous devez affronter
quotidiennement. Comme vous le savez, et malgré
ce que le Pentagone a
raconté à tout le monde, avant le
déploiement des troupes, le conflit
armé en Irak va certainement durer beaucoup
plus longtemps en dépit
de la déclaration de "victoire"
que George Bush a faite, en
atterrissant sur le cuirassé USS Lincoln.
Il se peut que parmi vos camarades, quelques-uns
ne fassent pas
forcément de crise de conscience vis-à-vis
de leurs actes. Tout comme
le soldat US dont la photo a fait la Une d'un journal
anglais peu
après le début de l'invasion, et qui
avait écrit sur son casque en
rouge, comme du sang : "TUEZ-LES TOUS"
, il y en a qui aiment tuer.
Si vous avez des doutes sur ce que l'on vous oblige
à faire, vous
serez tentés de les cacher dans un tel contexte.
Si vous faisiez
entendre vos doutes, vous seriez probablement sujets
à des abus
verbaux ou physiques, et peut-être même
à une procédure disciplinaire.
Vu les circonstances, il y a des choses à
savoir. La plupart des
habitants du monde a compris que Saddam Hussein
était un despote qui
a tué et humilié un nombre important
de personnes vivant sous sa
dictature. Cependant, une majorité de gens
dans le monde a compris
également que
les méthodes employées pour le destituer,
sans
l'approbation de la communauté internationale,
ont été élaborées pour
des raisons moins édifiantes et ces méthodes
ont eu comme résultat la
mort de nombreux innocents. Il y avait des alternatives
plus
pacifiques.
Nous nous opposons à cette guerre et à
l'occupation armée qui s'en
est suivie, pas seulement à cause du nombre
important d'innocents qui
meurent encore mais parce qu'elle crée une
insécurité grandissante à
travers le monde. Cette guerre a davantage affaiblit
un ordre
international basé sur l'autorité
de la loi et a engendré une
situation globale de désordre où l'usage
indiscriminé de la force est
souvent l'arbitre. Tout comme l'occupation des territoires
palestiniens par l'armée israélienne
a contribué à une plus grande
insécurité partout en Israél,
l'occupation de l'Irak menace de plus
en plus la sécurité à travers
le monde, y compris aux États-Unis.
Sachez que des gens partout dans le monde, et un
nombre important aux
USA aussi, jugeront vos actes comme héroïques
si vous disiez "Non !" dorénavant à toute participation dans
cette occupation meurtrière à
laquelle vous et vos camarades sont confrontés
à l'heure actuelle et à l'abîme
moral qu'elle a engendré. Il est clairement
établi
maintenant que les justifications à la guerre
données par les leaders
politiques américains et britanniques avaient
peu de crédibilité en
réalité et qu'ils avaient été
informés, d'après les services de
renseignements, que la guerre créerait plus
de terrorisme dans le
monde et pas le contraire. |